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La timidité des cimes

Des arbres qui n'osent pas se frôler
30/03/2018
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photo: johdahn


Des arbres timides, ça se peut ? Oui, mais pas parce qu’ils rougissent !

Si tu lèves le regard en pleine forêt, peut-être t’attends-tu à voir le ciel masqué par un rideau de feuilles vertes…. Mais un spectacle beaucoup plus surprenant peut se révéler à tes yeux : des branches touffues si bien délimitées qu’elles semblent tracées au crayon. Des arbres qui se côtoient sans jamais se toucher, leur feuillage séparé par une fente lumineuse qui serpente entre les cimes comme une rivière. Cette mosaïque naturelle est un phénomène étudié depuis 1920, mais encore mal compris des scientifiques. Pourquoi les arbres font-ils preuve d’une telle pudeur ?

La plupart du temps, on observe cet évitement dans les forêts où la canopée est très plate, c’est-à-dire que la majorité des feuilles se trouvent tout en haut des arbres. Parmi les espèces qui gardent ainsi leurs distances, on compte certaines espèces d’eucalyptus, de pins, de mangroves et quelques autres espèces tropicales.

Plusieurs hypothèses ont été émises. L’une des mieux documentées à ce jour est l’hypothèse de l’abrasion. Les branches de la canopée éviteraient de se toucher l’une l’autre pour limiter les dégâts liés au frottement et aux collisions. Cette hypothèse semble tenir la route puisque la plupart des forêts timides sont venteuses et composées d’arbres flexibles. De plus, lorsqu’on prévient le frottement de manière expérimentale, les arbres croissent et remplissent le vide. Comme le frottement pourrait blesser les bourgeons et par le fait même entraver la pousse, il se peut toutefois que la fente soit provoquée par l’abrasion, et non pas produite pour la prévenir.

Une autre hypothèse propose que les branches ne se superposent pas dans le but de mieux accéder à la lumière. Pour qu’une plante produise du sucre par photosynthèse, elle a besoin de lumière. Les arbres timides seraient en mesure de discerner la lumière directe du soleil de celle qui est réfléchie par les feuilles de leurs congénères grâce à des photorécepteurs. Ils pourraient alors détecter la présence de voisins, histoire ne pas pousser dans l’ombre. La timidité pourrait également servir à freiner la dispersion des maladies contagieuses et des parasites non volants.

Comment les arbres y parviennent-ils ? Les mécanismes physiologiques responsables de ce phénomène sont encore incertains et on suppose qu’ils pourraient varier d’une espèce à l’autre. La fente de timidité doit procurer un certain avantage évolutif pour que différentes espèces aient développée cette stratégie. Elles ne renonceraient pas à cet espace pour rien !





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