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Archéologue

20/05/2014
Que ce soit pour construire une route ou un édifice, ou simplement par curiosité, lorsqu’on creuse le sol, on tombe parfois sur des objets enterrés depuis longtemps.

Plusieurs générations d’humains sont passées avant nous et ont laissé des traces matérielles de leur culture. Qu’il s’agisse d’une pointe de flèche amérindienne de 4000 ans ou des tessons d’une bouteille française de 400 ans, tous ces vieux objets ont une histoire.

Et c’est le travail des archéologues de la leur faire raconter.

En fouillant le sol et en étudiant les objets laissés par nos prédécesseurs, les archéologues arrivent à décrire le mode de vie de ces gens disparus. Par leurs méthodes de détectives, ils sont des historiens d’un passé non écrit.

Claude Chapdelaine, archéologue

Claude Chapdelaine est archéologue depuis bientôt trente-huit ans. Spécialiste des très anciens peuplements amérindiens du Québec, ces premiers agriculteurs dont les descendants rencontreront Jacques Cartier à Hochelaga et à Stadaconé, et de la culture Mochica du nord du Pérou, on lui doit la découverte du plus vieux site québécois connu : des Amérindiens vivaient dans la région du lac Mégantic il y a 12 000 ans !

Depuis quelques années, il passe une bonne partie de ses étés à faire des fouilles sur les sites d’anciens villages iroquoiens dans la région de Saint-Anicet, sur la rive sud du St-Laurent, un peu à l’ouest de Montréal. En plus de ses travaux de recherche, Claude Chapdelaine enseigne l’archéologie à l’Université de Montréal depuis près de 35 ans.

Claude Chapdelaine expliquant la stratigraphie au site de fouille de Lac-Mégantic (photo Pierre Corbeil, Université de Montréal)



Comment définiriez-vous l’archéologie en trois mots ?
Fouille, analyse et diffusion. On fait du travail en plein air sur les terrains de fouille, on passe du temps en laboratoire pour analyser nos trouvailles et on rédige des articles et des bouquins pour diffuser nos résultats au plus grand nombre de personnes. Un bon archéologue fouille le mieux possible, analyse le plus possible et diffuse le plus possible.

Que préférez-vous dans votre métier ?
Le dépaysement, la soif de connaître en trouvant des réponses à mes questions de recherche, et bien sûr l’aventure ! Que ce soit la côte nord du Pérou, une terrasse accueillante dans une forêt de l’Estrie ou sur les crêtes morainiques surplombant le fleuve Saint-Laurent à Saint-Anicet, c’est toujours dépaysant pour le citadin que je suis. L’archéologie peut nous amener à voyager beaucoup, à visiter des coins reculés de la planète.

J’aime aussi beaucoup la découverte. À chaque fois qu’on trouve un objet, on voit l’artisan qui l’a conçu, la famille qui l’a échangé, le clan qui l’utilisait… J’aime raconter les histoires de ces sociétés aujourd’hui disparues qui sont trop anciennes pour être racontées par les historiens.

Et qu’aimez-vous le moins ?
Les conditions de travail sont parfois difficiles : trop humide, trop chaud, trop de moustiques, les maladies exotiques…

La bureaucratie est aussi très lourde dans ce métier, même si c’est un mal nécessaire. Il faut produire de nombreux rapports rigoureux pour transmettre les connaissances acquises. C’est la qualité de ces rapports qui nous permet de décrocher des permis pour d’autres fouilles !

Les demandes de permis requièrent elles-mêmes aussi beaucoup de paperasse. Il y a aussi le manque de fonds chronique au Québec : on est obligés de fouiller un peu moins qu’on le voudrait, d’analyser avec moins de moyens qu’on le pourrait… C’est frustrant !

Quelles sont les qualités requises pour être un bon archéologue ?
L’archéologie demande de la curiosité, de la passion, de la persévérance… et un minimum de courage, car certains projets mettent beaucoup de temps avant de se concrétiser. Il faut aussi aimer l’histoire et ne pas avoir peur des tâches répétitives.

Les gens qui manquent de confiance en eux, qui cherchent la vérité absolue et n’aiment pas les reconstitutions reposant sur des hypothèses devraient éviter l’archéologie.

Faire de l’archéologie, c’est comme faire un casse-tête dont il manque toujours des morceaux. Il faut deviner ceux qui manquent en n’étant jamais sûr de rien.

Vous est-il arrivé des choses cocasses dans votre carrière ?
En l’an 2000, à Ottawa, je présentais en conférence un bilan des 25 dernières années de la recherche archéologique de l’est du Canada. J’ai conclu en disant que les archéologues devaient cesser d’espérer trouver des traces de la culture paléoindienne ancienne au Québec. Selon moi, ces groupes humains n’étaient probablement pas montés plus au nord que la Nouvelle-Écosse.

Trois ans plus tard, j’ai eu l’air bien fou lorsque j’ai trouvé la première pointe de lance appartenant à cette culture dans les Appalaches québécoises ! Mais un fou très heureux de sa découverte : les plus vieux vestiges de la province !
Une journée dans la vie de Claude

Sa formation et son expérience amènent souvent Claude Chapdelaine à se retrouver en tête de grands chantiers de fouilles qui durent plusieurs années.

Ces dernières années, il a consacré ses efforts sur deux sites villageois des Iroquoiens du Saint-Laurent datant de la fin du XVe siècle et de la première moitié du XVIe siècle. Auparavant, un site près du lac Mégantic, en Estrie qui a été occupé par des Amérindiens d’une très vieille culture, le Paléoindien ancien, avait retenu son attention pendant près de 10 ans. Il y dirige plusieurs archéologues et étudiants.

Les fouilles se font durant la saison chaude, entre juin et septembre. Afin de maximiser le temps sur le terrain, il est debout à 6 h 30 pour commencer les fouilles vers 8 h.

Il faut constamment prendre des décisions : dans quelle direction fouiller ? Jusqu’à quelle profondeur ? Faut-il abandonner ce secteur qui ne semble plus aussi prometteur ? Comment redéfinir les limites de fouille ?

Il faut prendre des ententes avec le propriétaire du terrain : aujourd’hui, les fouilles autour d’un arbre risquent de le faire tomber sur les étudiants et le propriétaire accepte qu’il soit coupé.

Le travail peut-être très répétitif : on creuse rarement à la pelle, l’outil de prédilection est la truelle, puis à l’occasion avec un petit tournevis ou un pinceau… Tout ça pour enlever seulement 5 cm de terre sur une surface d’un mètre carré.

La terre enlevée doit ensuite être tamisée, parfois pendant des heures… Mais l’effort en vaut la peine, car on a découvert avec cette méthode des grains de maïs carbonisés sur les sites des agriculteurs iroquoiens, comme de petits éclats appartenant à une pointe de lance à cannelure, une preuve irréfutable que les occupants étaient bien de la culture paléoindienne ancienne.

On quitte le terrain en soirée vers 17 h 30, mais la journée n’est pas finie ! Il faut mettre au propre les notes et les dessins de la journée, nettoyer les découvertes et les cataloguer.

On se couche vers 22 h en croisant les doigts pour le lendemain.
Sur les bancs d’école…
Claude Chapdelaine a ensuite fait des études de doctorat qui lui ont permis de devenir professeur et chercheur à l’université.

Au Cégep :
DEC (2 ans) dans divers domaines, mais principalement les sciences humaines et sociales sans éliminer les autres profils scientifiques.

Les étudiants en sciences de la terre seront avantagés lorsqu’ils seront confrontés aux techniques de l’archéologie moderne.

À l’Université :
Baccalauréat spécialisé en anthropologie (3 ans)

L’archéologie est une branche de l’anthropologie, qui est l’étude des cultures humaines.

Maîtrise en archéologie (2 ans)

Et après ?
Les archéologues trouvent du travail dans les musées, les firmes de fouilles privées ou gouvernementales et les universités, comme chercheurs et professeurs.

Certains sont même archéologues autonomes et font des contrats de fouille et d’inventaire à leur compte.

Les firmes privées se consacrent sur toutes les interventions à moyenne et grande échelle ainsi qu’aux fouilles dites « de sauvetage », qui sont menées pour récupérer les artéfacts découverts par accident lors de travaux de construction.
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