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Climatologue

13/04/2015
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Quel temps fera-t-il dans cinquante ans ? Dans quelle région la construction d’un parc éolien serait-elle plus rentable ? Comment les échanges entre l’atmosphère et les océans influencent-ils le climat ? C'est au climatologue qu'il faut poser ces questions.

Températures, pression, humidité, épaisseur du manteau neigeux, analyses chimiques de l’air, courants marins… des indices pour comprendre le climat d’aujourd’hui et de demain.

Philippe Gachon, Climatologue
Climatologue depuis une quinzaine d’années, Philippe a travaillé pendant 11 ans au Centre canadien de la modélisation et de l’analyse climatique d’Environnement Canada. Depuis décembre 2014 il est professeur d’hydro-climatologie à l’UQAM. Il étudie le changement climatique à l’échelle régionale et ses effets sur la santé humaine, la foresterie, l’agriculture, les tempêtes, et les extrêmes de précipitations et de températures.

Quelle est la différence entre climatologue et météorologue ?
Le météorologue s’intéresse aux phénomènes atmosphériques dans le but de comprendre comment le temps évolue dans les heures, les jours, voire les semaines qui suivent. Le climatologue, lui, s’appuie sur la géographie et la compréhension des processus physiques qui régissent le climat pour déterminer comment les conditions météorologiques évoluent sur des périodes de 30 ans ou plus dans une région particulière ou sur l’ensemble du globe. C’est très complémentaire, j’ai d’ailleurs étudié dans les deux disciplines.

Plus jeune, tu t’intéressais au climat  ?
Dans ma maison de campagne en France, je passais du temps durant l’été à regarder les nuages et les orages se former. À la fin du secondaire, j’ai reçu un livre de Paul-Emile Victor où il relatait ses expériences et expéditions dans l’Arctique. Je me suis dit : c’est ça que je veux faire quand je serai plus grand. Je suis d’ailleurs venu au Québec pour travailler sur l’effet de la distribution de la glace marine sur l’atmosphère.

Qu’aimes-tu le plus dans ton métier ?
La climatologie permet de laisser libre court à notre esprit créatif afin d’étudier des phénomènes que nous vivons tous les jours, et d’expliquer leur distribution dans le temps. D’ailleurs, je vais essayer de comprendre pourquoi l’hiver que nous venons de vivre était si rigoureux. J’aime beaucoup aussi le contexte universitaire, qui allie enseignement et recherche.

Qu’est-ce que tu apprécies le moins ?
Le temps passé à chercher du financement pour mes recherches. C’est parfois décourageant ! Depuis 7 ans, le Canada est le pays du G8 qui investit le moins dans la recherche et le développement, et en particulier dans le domaine des changements climatiques.

Quelles sont les qualités nécessaires pour faire ton travail ?
Il faut être avant tout passionné et curieux ! La recherche, c’est avancer par essai-erreur, il faut avoir l’esprit critique sur ce qu’on fait et se remettre constamment en question.

Un projet de grande envergure ?
Je travaille avec l’Institut Nationale de Santé Publique du Québec pour optimiser des systèmes d’alerte en cas de canicule. Lors d’une canicule de 5 jours en juillet 2010, il y a eu un excès de mortalité de 20 à 30 %. Cela peut être évité en identifiant les îlots urbains où les températures vont être extrêmes et rendre l’information disponible plus rapidement pour mieux planifier les interventions auprès des populations à risque.

As-tu une anecdote à nous raconter ?
Pendant mon postdoctorat, alors que je travaillais à l’Institut Maurice-Lamontagne, près de Rimouski, j’ai été surpris par une tempête lors de mon retour à la maison ! Pas croyable, pour un météorologue et climatologue ! J’avais pourtant consulté la carte météorologique, mais je n’ai ni écouté l’alerte concernant cette tempête, ni mes collègues qui me suggéraient de partir plus tôt, ce qui m’a valu de coincer ma voiture dans un banc de neige. Heureusement, j’ai réussi à me dégager rapidement, mais j’aurais pu rester bloqué toute la soirée !

Quels bouleversements attend le Québec avec le changement climatique ?
Les mêmes changements que l’on a déjà vécu, mais d’une façon plus intense et plus fréquente surtout au niveau de la saison hivernale. La fonte des neiges rapide au printemps 2011, couplée à de très fortes pluies au cours des mois d’avril et de mai a été responsable des inondations de la rivière Richelieu pendant six semaines ! Ce type d’événement se produira plus souvent, en conditions hivernales.

Quels sont les bons gestes pour améliorer notre conduite ?
Éviter la surconsommation, utiliser les transports en commun ou faire du covoiturage. La génération actuelle est plus sensibilisée aux problèmes environnementaux que les précédentes, ça me rend optimiste.

Que pensez-vous des "climato-sceptiques" qui font parler beaucoup d’eux en ce moment ?
Les recherches sur le climat sont quasi unanimes sur les causes humaines du changement climatique en cours. Les "climato-septiques", qui remettent cela en question, ne représentent qu’une infime minorité, 0,7% de la littérature scientifique ! Et ce sont le plus souvent des non-experts dans le domaine.
Une journée dans la vie de Philippe

En arrivant au travail, Philippe consulte ses courriels et s’assure qu’il n’y ait pas d’urgence particulière. Rien à signaler aujourd’hui. Il commence alors à travailler sur son ordinateur. À partir de modèles qui convertissent les lois de la physique sous forme d’équations mathématiques, le chercheur tente de prévoir l’augmentation des risques d’inondation printanière suite à l’alternance des gels et dégels et d’épisodes de pluie en plein hiver. Pour cela, il s’appuie sur des données récoltées sur le terrain par des collègues : températures, épaisseur du manteau neigeux, pourcentage de précipitations…

En milieu de matinée, le climatologue interrompt son travail pour assister à une réunion sur un projet multidisciplinaire. Avec l’aide de professionnels en foresterie, il étudie les données du vent observées sur le terrain et simulées sur ordinateur, et tente de comprendre comment la modification des vitesses du vent influence le déracinement des arbres d’une forêt. Ce n’est pas un travail facile, car chaque professionnel a son propre jargon et sa propre expertise alors que l’on doit développer une compréhension commune du problème à régler; tout un défi, mais néanmoins passionnant et stimulant !

Après un rapide dîner, il aide un des ses étudiants à écrire un article en vue d’une prochaine publication. Selon les journées, ces tâches sont très variées : préparation d’un congrès scientifique, révision d’articles scientifiques d’autres chercheurs, participation à des jurys de thèse. Après une journée de travail bien remplie, Philippe rentre chez lui, des prévisions climatologiques plein la tête.
Sur les bancs d’école…
Philippe a obtenu une maîtrise en géographie physique à l’Université de Lyon, en France, pendant laquelle il s'est penché sur paléoclimatologie. Il a ensuite réalisé un doctorat en Sciences de l’Environnement à l’Université du Québec à Montréal sur la modélisation régionale du climat et l’analyse diagnostique des tempêtes. Il a poursuivi avec un postdoctorat à l’Institut Maurice-Lamontagne (ministère Pêches et Océans Canada) sur le problème du couplage océan-glace-atmosphère.

Au Cégep :
- D.E.C en Techniques géologiques (Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, Centre d’études collégiales à Chibougamau, Cégep de Thetford-Mines)
-  D.E.C en Techniques physiques (Cégep de La Pocatière, Cégep André-Laurendeau, John Abbott College)
-  D.E.C en Technologie minérale (Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, Cégep de Sept-Îles, Cégep de Thetford-Mines)
-  D.E.C en Sciences de la nature offert dans de nombreux établissements.
Ou toutes techniques avec des connaissances suffisantes en mathématique, en physique, en chimie et en biologie.

À l’Université :
Si tu souhaites t’orienter vers la modélisation
• Baccalauréat en sciences de l’atmosphère, offert à l'Université McGill
• Baccalauréat en sciences de l’atmosphère et physique, offert à l'Université McGill.
• Baccalauréat en sciences de la Terre et de l’atmosphère, concentration météorologie, offert à l’Université du Québec à Montréal.

Si tu souhaites plutôt faire des statistiques et des études qualitatives en climatologie
• Baccalauréat en géographie ou physique

Études graduées (chercheur en météorologie ou en climatologie):
Il existe un diplôme d’études supérieures spécialisées en météorologie à l’Université du Québec à Montréal et un diplôme en météorologie à l’Université McGill.
Une maîtrise en sciences de l’atmosphère offerte à l’Université du Québec à Montréal ou dans toutes autres disciplines pertinentes.
Un doctorat en sciences de la terre et de l’atmosphère à l’Université du Québec à Montréal et un postdoctorat sur la thématique de la climatologie ou de la météorologie.

Et après ?
Le climatologue peut travailler pour les services gouvernementaux fédéraux, provinciaux, territoriaux et municipaux. Les organismes de recherche publics ou privés sont aussi à la recherche de spécialistes en climatologie. Les compagnies aériennes, les forces armées canadiennes et les sociétés de consultation en technologie de l’environnement sont également des employeurs potentiels.
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