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Designer industriel

23/08/2018
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Crédit photo : Argon 18

Artiste dans l’âme, mais doté d’un esprit technique, tu rêves d’une carrière qui mettrait tes talents à profit ? Jouets, meubles, outils ou véhicules, c’est le designer industriel qui donne leur apparence aux objets qui t’entourent !

Combinant art et sciences, le designer joue le rôle d’interprète entre la dimension technologique et la dimension sociale dans le développement de nouveaux produits. Grâce à sa connaissance du marché, il conçoit des articles attrayants pour le consommateur en conciliant forme, fonction et matériaux. Une fois son concept en tête, il modélise les maquettes sur ordinateur pour fabriquer des prototypes qui mèneront à la manufacture à grande échelle. Ses œuvres sont ensuite exposées… sur les tablettes des magasins !
 

Jonathan Beaulieu, designer industriel



Jonathan pratique le métier de designer industriel depuis 12 ans. À son compte pendant la majeure partie de sa carrière, il travaille maintenant chez Argon 18, un fabricant de vélos basé à Montréal. Il fait partie de l’équipe qui conçoit des modèles haute performance qu’on verra en action sur les pistes olympiques en 2020 ! Ses créations ne se destinent pas uniquement aux athlètes : les cyclistes amateurs peuvent aussi mettre la main dessus…

En quoi consiste ton travail ?
En design, on est appelé à concevoir de beaux objets. Partir d’une idée pour arriver à un produit final, c’est tout un processus !

Il faut d’abord comprendre le besoin du client. Un travail de recherche est nécessaire pour identifier la compétition et connaître les tendances du marché. Deux objets peuvent remplir exactement la même fonction et pourtant avoir des prix complètement différents. Pourquoi payer plus cher ? C’est parce que le design influence la perception du consommateur. Les designers sont des spécialistes de la valeur ajoutée !

Après la recherche, on entre en période d’idéation pour éclater les possibilités et trouver des solutions. Lorsqu’on tient un concept préliminaire, on crée sur ordinateur les plans qui seront envoyés au fabricant.

Est-ce un travail davantage intellectuel que manuel ?
C’est un travail très intellectuel ! On passe beaucoup de temps à se poser des questions devant un ordinateur. Le design est vraiment une discipline de résolution de problèmes. On prend plusieurs centaines de décisions par jour : la taille des vis, la couleur de l’objet, les matériaux utilisés...

Faut-il quand même être bon en dessin ?
Pas besoin d’être bon, parce que ça s’apprend ! C’est une question de pratique. On fait énormément de dessins pour se représenter les choses. Par contre, c’est important d’avoir une bonne vision en trois dimensions. Je passe mon temps à retourner des objets dans ma tête !

T’arrive-t-il d’utiliser les objets que tu conçois ?
Oui ! Je suis moi-même cycliste urbain, et je roule sur un vélo que j’ai conçu !

Où trouves-tu ton inspiration ?
Avec le temps, on devient bon à trouver de l’inspiration ! Au début, la pression de développer un nouveau produit ou une solution intéressante peut être stressante, mais on finit toujours par trouver quelque chose, alors le stress disparait.

Aussi, la plupart du temps, on ne te demande pas de réinventer le grille-pain, mais simplement de le mettre au goût du jour !

Quelle place occupent les sciences dans ton travail ?
Les sciences physiques comme la science des matériaux ou le génie mécanique sont très importantes ! Si un spécialiste m’explique pourquoi un design ne fonctionne pas, je dois être en mesure de comprendre. Il y a aussi beaucoup de psychologie.

Qu’est-ce qui t’a d’abord intéressé à ce domaine ?
Je suis quelqu’un qui aime comprendre le fonctionnement des choses, mais j’ai aussi un côté artistique, un besoin de créer. J’ai fait un DEC en arts plastiques, mais ce n’était pas assez technique. J’ai donc suivi un DEP en mise en œuvre des matériaux composites. C’est à ce moment qu’un enseignant m’a conseillé le design industriel !

Quelles sont les qualités qui te servent le plus dans ton travail ?
La polyvalence ! Il faut être à la fois rationnel et empathique. Il faut aussi être curieux. J’ai une soif insatiable d’apprendre, et en design, il y a toujours une nouvelle technologie, un nouveau logiciel, un nouveau matériau, une nouvelle tendance…

Y a-t-il des difficultés associées à ton travail ?
Quand on conçoit un excellent produit, il est difficile de voir son travail transformé et dénaturé par des gestionnaires. Ça arrive fréquemment, et on doit apprendre à laisser aller les choses. Après tout, on développe l’objet pour le client, pas pour nous !

Quel outil utilises-tu le plus ?
L’ordinateur… et mon cerveau ! J’utilise aussi du papier, des crayons et un instrument de mesure appelé «pied à coulisse».

Crois-tu que l’arrivée de l’impression 3D va révolutionner le monde du design ?
C’est déjà le cas ! Comme on fonctionne beaucoup par essais-erreurs, l’imprimante 3D nous permet de tester les pièces avec rapidité et précision. Avant, il fallait sculpter et construire des maquettes !

Quel est ton plus bel accomplissement ?
J’ai conçu un bain à hauteur variable pour aider les préposés aux bénéficiaires à laver les patients sans risquer de se faire mal au dos. Je suis fier d’avoir mis à contribution mes habiletés de designer dans ce projet 100% québécois !

Quel objet aimerais-tu créer si on t’en donnait l’opportunité ?
Un produit Apple ! L’importance que le design occupe dans cette entreprise va au-delà de la simple image de marque. En tant que designer, c’est un privilège de pouvoir matérialiser sa vision du monde. Qu’autant de gens utilisent et aiment cette vision… ce serait le rêve ultime !
Une journée dans la vie de Jonathan

Pour Jonathan, la journée de travail commence dès le réveil : à peine sorti du lit, il réfléchit déjà à ses projets ! Une fois au bureau, son emploi du temps dépend des dossiers en cours : tempêtes d’idées, entrevues avec les clients, documentation, ateliers de fabrication, visites d’usines, conception assistée par ordinateur, présentations… il n’y a pas vraiment de journée typique. Son horaire flexible lui permet d’arriver à l’heure de son choix, mais le soir, il n’est pas rare qu’une idée le retienne longtemps !
 
Sur les bancs d’école…
En 2006, Jonathan obtient son baccalauréat en design industriel à l’Université de Montréal. Après quelques années sur le marché du travail, il décide de poursuivre ses études avec une maîtrise en gestion de l’innovation, qu’il termine en 2017.

Au cégep :
Une fois le programme de Techniques de design industriel en poche, l’université peut reconnaitre des équivalences de cours et réduire de 1 an la durée du baccalauréat.

À l’université :
Au Québec, le baccalauréat en design industriel est offert dans deux établissements : l’Université Laval et l’Université de Montréal.
 
Et après…
Selon Jonathan, les conditions d’emploi sont plutôt instables pour les jeunes diplômés. Toutefois, la persévérance porte fruit, car après quelques années d’expérience, le statut de «designer senior» favorise grandement les opportunités de carrière.

En tant que designer, tu peux travailler à ton compte, pour des entreprises, pour des municipalités, dans l’industrie manufacturière ou encore dans des établissements d’enseignement.
 
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