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Ergothérapeute

11/05/2018
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photo: belchonock@depositphoto.com

Se brosser les dents, attacher ses souliers, aller à l’école… tu accomplis ces tâches du quotidien sans même y penser. Et si, du jour au lendemain, un problème médical t’en rendait incapable?

Pour les victimes de maladies ou de blessures, c’est un enjeu bien réel. Quand les gestes les plus simples deviennent d’insurmontables défis, l’ergothérapeute intervient pour améliorer la qualité de vie des gens dont l’autonomie est compromise.

L’ergothérapeute est un professionnel de la santé qui aide ses patients à reprendre leurs activités, qu’elles soient en lien avec le travail, les loisirs ou la vie de tous les jours. L’ergothérapeute traite les nouveaux nés comme les aînés, les blessures physiques comme les troubles mentaux. Il évalue la condition de chaque client afin d’élaborer un programme pour adapter l’environnement, améliorer les aptitudes et compenser les handicaps. C’est un métier qui exige de grandes qualités relationnelles de même qu’une connaissance approfondie du corps humain.

Kateri Raymond, ergothérapeute

Kateri est ergothérapeute spécialisée en réadaptation au travail. Engagée suite à un stage avant même d’avoir obtenu son diplôme, elle travaille à Montréal dans la Clinique d’évaluation et de réadaptation (CER) depuis maintenant 5 ans.

En quoi consiste ton travail?
Mon but est d’aider les gens à reprendre le fil de leur vie!

En ergothérapie, on utilise les activités habituelles du patient comme moyens thérapeutiques. Pour un amateur de pêche blessé à l’épaule, la solution pourrait être de réapprendre à pêcher de l’autre main! On peut aussi adapter l’environnement. Par exemple, dans la salle de bain d’une personne à la hanche cassée, on peut poser des barres d’appui et modifier la toilette.  

Mais je dois d’abord évaluer le patient : qui il est, quels sont ses buts, ses valeurs, ses problèmes et les efforts qu’il est prêt à fournir. Celui-ci est très impliqué dans sa propre réussite. L’ergothérapeute doit établir un partenariat!

Qui peut avoir recours à ton expertise?
Comme je travaille dans le domaine de la réadaptation en milieu de travail, ma clientèle est surtout composée d’adultes. Toutefois, dans mes stages, j’ai eu l’occasion de travailler avec des aînés et des enfants aussi!

Les défis varient beaucoup. Ce peut être de montrer à des gens paralysés comment prendre soin d’eux-mêmes, d’aider les bébés prématurés à dormir et même de conseiller les urbanistes pour adapter les trottoirs aux fauteuils roulants!

Qu’est-ce qui t’a d’abord intéressé à ce domaine?
J’ai toujours voulu prendre soin des gens et aider les autres. J’étais aussi intéressée par le fonctionnement du corps humain. J’ai choisi l’ergothérapie sur un coup de tête : je ne savais pas vraiment ce que c’était au départ! J’étais intriguée, et plus j’avançais dans le programme, plus j’aimais ça.

Quelles sont les qualités qui te servent le plus dans ton travail?
Il y en a deux principales : l’empathie et la créativité!

L’empathie est importante pour comprendre ce que l’autre vit sans juger. Il faut orienter l’intervention en fonction des désirs du client, et non des nôtres. Ce n’est pas toujours facile, surtout quand il y a un conflit de valeur. Si la personne souhaite fumer à nouveau, je dois l’aider à le faire de manière sécuritaire (après l’avoir informée sur les dangers de la cigarette)!

Ensuite, la créativité entre en jeu quand vient le temps de proposer des solutions. Il faut être ingénieux pour imaginer de nouvelles manières d’effectuer une tâche!

Quelle place prend la dimension psychologique dans ton travail?
En ergothérapie, la psychologie est comme une trame de fond. La douleur et les obstacles rencontrés par les patients ont un effet sur leur moral. Il faut savoir établir une relation de confiance, s’ajuster selon l’état émotionnel de la personne et bien gérer son stress.

Y a-t-il des défis ou difficultés associés à ton travail?
Peu de gens connaissent l’ergothérapie! Il arrive que certains patients n’aient pas confiance en notre expertise. C’est un défi de leur prouver qu’on sait ce qu’on fait, et que ça en vaut la peine. Il faut prendre le temps de bien les informer.

As-tu parfois des tâches qui sortent de l’ordinaire?
L’ergothérapie permet aux malades et aux blessés de vaquer à leurs occupations quotidiennes, relations sexuelles comprises! Lors d’un stage, j’ai eu à proposer des trucs et des solutions en ce sens. Pas facile avec un mal de dos!

Quel est ton plus bel accomplissement?
Après huit ans en arrêt de travail, une dame a recommencé à exercer la profession d’infirmière grâce à notre intervention. C’est toute une réussite!

Le fait d’être ergothérapeute a-t-il un impact sur ton propre mode de vie?
Certainement! J’essaye d’appliquer dans ma vie les conseils que je donne aux clients. Si je propose quelque chose, je veux m’assurer que ce soit réaliste.

Sinon, c’est surtout mon entourage qui subit les conséquences de ma déformation professionnelle : je réprimande toujours mes proches sur leur posture et leur manière de travailler!
Une journée dans la vie de Kateri

La clinique où travaille Kateri est un endroit bien étrange! Chaque pièce simule un milieu de travail : un atelier de menuiserie, une cuisine, une chambre d’hôpital, un bureau, une zone de construction, etc. Les clients visitent la clinique 5 jours par semaine de 9h à 15h pour s’y pratiquer à exercer leur métier.

Avant leur arrivée, Kateri prend le temps de relire ses dossiers, préparer ses interventions et accomplir ses tâches administratives. Ensuite, elle fait sa tournée. Elle rencontre chaque patient pour discuter, enseigner de nouvelles techniques, corriger la manière d’effectuer les exercices et planifier un retour au travail. Elle organise aussi des ateliers de groupe.

À la fin de la journée, Kateri prend un moment pour classer ses notes, compléter ses dossiers et prévoir sa journée du lendemain.
 
Sur les bancs d’école…
Kateri a complété son baccalauréat-maîtrise en 2013 à l’Université de Sherbrooke. Ce parcours maintenant obligatoire pour pratiquer la profession combine un baccalauréat régulier avec une maîtrise professionnelle qui allie de la recherche et des stages. Après l’obtention de son diplôme, Kateri a entamé une maîtrise, pour ensuite faire un passage accéléré au doctorat.

À l’université :
Le baccalauréat-maîtrise en ergothérapie est offert dans 5 institutions au Québec :
  • Université de Montréal
  • Université de Sherbrooke
  • Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)
  • Université Laval
  • Université McGill 

Et après…
L’ergothérapie est un métier très en demande. Comme Kateri, beaucoup d’étudiants trouvent un emploi avant de finir leurs études. Pour obtenir le permis de pratique, il est toutefois nécessaire d’être membre de l’Ordre des ergothérapeutes du Québec. Pour ce faire, le Baccalauréat-Maîtrise est obligatoire.

Parmi les employeurs potentiels, on compte les centres d’accueil pour personnes handicapées, les centres de réadaptation et de réhabilitation, les centres de santé et de services sociaux, les centres hospitaliers, les centres sportifs, les cliniques, les commissions scolaires, les établissements d’enseignement, les résidences pour aînés, les organismes gouvernementaux et communautaires, les universités, les firmes d’expert-conseil, les grandes entreprises, les Forces armées canadiennes, sans oublier que tu peux travailler à ton propre compte!
 
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