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Éthologue

09/09/2011
« Pourquoi le chat se frotte-t-il l’oreille ? » Est-ce que ça lui pique ? Est-ce pour se laver ? Sans le savoir, un enfant qui observe son chat joue parfois à l’éthologue.

Un éthologue étudie le comportement des animaux. À la fois spécialiste de la biologie et de la psychologie, il essaie de découvrir les raisons de leurs agissements. Il se demande aussi s’ils apprennent ces comportements en regardant les autres où s’ils les ont dès leur naissance.

Pour le savoir, il fait des expériences et observe avec beaucoup d’attention nos amis à poils, à plumes et à écailles.


Luc-Alain Giraldeau, éthologue

Luc-Alain Giraldeau est professeur à l’Université du Québec à Montréal. Sa spécialité est l’éthologie. En plus d’enseigner et de superviser les travaux de recherches de ses étudiants, il fait des conférences sur le comportement des animaux aussi loin qu’au Japon et en Hongrie. Il écrit aussi des livres.

Quel animal étudiez-vous ?
Principalement des oiseaux. Je travaille notamment avec des capucins damiers, une espèce de petits oiseaux asiatiques. J’étudie leur façon de travailler en groupe. On pourrait croire que lorsque les oiseaux cherchent de la nourriture, ils participent tous et se partagent le butin ensuite.

Mais lorsque l’on observe attentivement, on s’aperçoit que certains individus ne contribuent pas du tout aux recherches et profitent ensuite du travail fait par les autres.

J’étudie ce comportement, j’essaie de le prévoir et de l’expliquer. Ce qui est intéressant, c’est que ce parasitisme, on peut le voir aussi chez l’humain, comme par exemple dans les travaux d’équipe à l’école !

Exigez-vous des travaux d’équipe de vos étudiants ?
Ah ! ah ! Oui, mais seulement parce que je n’ai pas le choix. J’exige par contre un système où les étudiants évaluent leur participation entre eux. Ça protège un peu contre les étudiants-parasites !

Y a-t-il des comportements que vous n’arrivez pas à expliquer ?
Il y en a un assez étrange. Plusieurs oiseaux, dont les hérons, pondent deux œufs à la fois. Les deux vont éclore, mais le premier bébé qui naît attaque l’autre à coups de bec. À force de se faire picorer par son frère, l’oiseau le plus faible meurt et est jeté en bas du nid. Il est très difficile de comprendre pourquoi ces oiseaux agissent ainsi.

Un éthologue peut-il étudier l’homme ?
Bien sûr ! Mais il est souvent plus simple de demander directement à une personne pourquoi elle a agi d’une certaine façon. Cependant, les individus mentent parfois sur leurs intentions, ou plutôt, ils ne connaissent pas la réponse. À ce moment, l’éthologie peut être utile pour mieux comprendre l’être humain.

Étudiez-vous les comportements en dehors de votre travail ?
Oh oui ! Mes enfants ne peuvent plus m’endurer ! À la seconde où un animal s’approche de nous, je leur parle de ses comportements. Ils se bouchent les oreilles pour ne plus entendre mes explications ! Même dans les réunions, j’étudie mes collègues !

Qu’aimez-vous le plus de l’éthologie ?
La satisfaction éprouvée lorsqu’on confirme une hypothèse. Par exemple, la première fois où j’ai réussi à prédire le nombre d’oiseaux qui ne chercheraient pas de nourriture par rapport à ceux qui chercheraient.

Et ce qui vous déplaît le plus ?
C’est en lien avec la tâche de professeur : je déteste corriger les examens. C’est une torture pour moi. Les trois premiers, ça va bien. Mais après 50, je n’en peux plus !
Une journée dans la vie de Luc-Alain

En arrivant à l’université, Luc-Alain Giraldeau va faire un tour dans ses volières. Pas pour faire des expériences, car il n’a plus vraiment le temps de les faire lui-même depuis quelque temps…

Ce sont ses étudiants à la maîtrise et au doctorat qui les font. Il analyse ensuite les résultats avec eux.

Ce matin, il supervise justement le travail d’une étudiante. Elle observe sept oiseaux derrière une vitre spéciale qui la rend invisible pour les petits animaux volants. Il y a plusieurs trous dans le sol de leur cage. Dans certains trous, de la nourriture est cachée.

L’étudiante prend en note tout ce qui se passe dans la volière. Gaston, l’oiseau le plus travaillant, est le premier à plonger son bec dans les différents trous à la recherche de nourriture. Une petite femelle, Brigitte, suit de très près. Elle parcourt elle aussi la cage pour trouver quelques graines à se mettre dans le bec.

Mais Maxime ne semble pas aussi pressé. Il vole tranquillement au-dessus des autres. De toute façon, lorsque Brigitte et Gaston auront trouvé la nourriture, il n’aura qu’à aller les rejoindre. Pourquoi perdre son énergie à chercher ?

L’étudiante note combien d’oiseaux recherchent activement des graines et combien « profitent du système » en ne faisant rien. En clair : combien il y a de Brigitte et de Gaston pour chaque Maxime !

Demain, elle recommencera l’expérience, mais en diminuant la quantité de trous contenant de la nourriture. Peut-être que si les autres ont vraiment besoin de son aide, Maxime finira par participer un peu !

Il est 13 h. Luc-Alain Giraldeau doit retourner à son bureau. Il s’installe à son ordinateur pour poursuivre la rédaction d’un article dans lequel il transmet ses dernières découvertes aux scientifiques du monde entier.

Un peu avant 15 h, même si son travail de rédaction va plutôt bien, il doit s’arrêter, car ce sera bientôt le début du cours « Introduction au comportement animal » qu’il donne à ses étudiants du baccalauréat.

Ensuite, il devra absolument terminer la présentation qu’il fera dans quelques jours au Japon.

Luc-Alain est vraiment plus un Gaston qu’un Maxime !
Sur les bancs d’école…
L’éthologie est à cheval entre la biologie et la psychologie. On pourrait donc faire, par exemple, une maîtrise en neuropsychologie plutôt qu’en biologie comportementale. Luc-Alain Giraldeau a pour sa part fait un postdoctorat en psychologie.

Au cégep :
DEC en science de la nature
(2 ans)

À l’université :
Baccalauréat en biologie
(3 ans)

Maîtrise et doctorat en écologie comportementale (5 ans)

Et après ?
Il y a peu d’éthologues à proprement parler. En plus de faire de la recherche universitaire, ceux-ci peuvent travailler dans les zoos ou pour les organismes de recherches sur le bien-être animal. Mais selon Luc-Alain Giraldeau, les connaissances acquises en éthologie peuvent être utilisées dans une multitude de domaines. Une bonne connaissance des comportements peut par exemple être utile en économie ou en politique, où les gestes des autres laissent parfois passer beaucoup d’informations !
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