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Pathologiste judiciaire

12/10/2014
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Un cadavre, des rubans jaunes, des combinaisons blanches : une véritable scène de crime tout droit sortie d’une série policière. C’est aussi le lieu de travail du pathologiste judiciaire. En salle d’autopsie, puis en laboratoire, ce professionnel mène un véritable travail de détective. S’agit-il d'un homme ou d’une femme ? À quand remonte la mort ? Avec quelle arme ? En collaboration avec les policiers, ce spécialiste fait parler les morts pour déterminer la cause du décès et relever le maximum d’indices pouvant trahir l’identité du meurtrier. Une fois l’enquête bouclée, il devra présenter son expertise devant les tribunaux lors du procès.

Yann Dazé, pathologiste judiciaire
En 2010, Yann a obtenu son diplôme en anatomopathologie, une spécialité de la médecine qui s’intéresse aux altérations des tissus et des cellules provoquées par la maladie. Il a ensuite intégré l’équipe du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale de Montréal.



Quelles sont les qualités d’un bon pathologiste ?
La qualité première c’est d’être méticuleux. Il faut aussi avoir une passion pour les défis intellectuels et avoir un gros sens des responsabilités.

Quels conseils donnerais-tu à un jeune qui veut exercer ce métier ?
Le premier, ne pas avoir peur du sang car une autopsie est un acte assez invasif. Deuxièmement, faire une croix sur le côté contact avec le patient, habituel en médecine. Enfin, être prêt à investir beaucoup de temps et d’énergie. Ce sont de très longues études : 11 années après le cégep !

Ta profession ressemble-t-elle à celle d’anthropologue judiciaire ?
C’est complètement différent. L’anthropologue judiciaire a une formation en anthropologie. Il s’appuie uniquement sur les os pour identifier l’âge, le sexe, la taille et les traumatismes des restes d'un individu.

Qu’est-ce que tu aimes le moins dans ton métier ?
Les corps sont quelques fois dans de mauvais états de conservation. Ce n’est pas hyper réjouissant même si l’on s’y habitue. Les témoignages lors des procès sont émotionnellement difficiles et je passe parfois des journées entières au palais de justice à attendre que ce soit à mon tour de témoigner.

Comment s’est passée ta première autopsie ? T’y es-tu habitué ?
Je me souviens très bien ! L’université offrait la possibilité d’assister à une autopsie. J’étais étonné une fois sur place. Dans notre société, peu de gens sont confrontés à la mort, ou alors dans un salon funéraire, mais c’est complètement différent. À la longue, c’est comme n’importe quel travail, ça devient la routine. On s’habitue aux odeurs, même les plus mauvaises, à la vue des corps...

Ta vision de la mort a-t-elle changé ?
Mon travail n’a pas changé ma vision de la mort, mais plutôt celle de la vie. Les êtres humains peuvent être bons, mais aussi capables des pires atrocités.

T’arrive-t-il de penser à tes enquêtes en dehors du travail ?
Non. J’ai beaucoup de compassion pour les familles, mais j’essaie de ne pas m’y attarder. Les seuls moments où j’emmène du travail à l’extérieur du bureau, c’est lorsque je suis sur le point d’aller témoigner à la cour et qu’il faut que j’apprenne par cœur mon texte.

T’es t-il déjà arrivé de ne pas parvenir à boucler une enquête ?
Oui. Grosso modo dans 5% des cas, nous ne sommes pas capables de déterminer la cause du décès, car il n’y a pas de traces à l’autopsie à cause de l’état du corps. Il faut alors reconnaître ses limites, le décès est classé en cause indéterminée.

Regardes-tu des séries policières ? Sont-elles réalistes ?
J’en regarde quelques-unes : CSI, Dexter... Ce n’est absolument pas réaliste ! Entre pathologistes, on parle de l’effet CSI : lors d’un procès, les citoyens ordinaires sont surpris lorsque nous sommes incapables de déterminer la cause du décès ou de savoir si le meurtrier était gaucher ou droitier. Ce n’est jamais le cas dans les séries !

Penses-tu qu’elles peuvent avoir une influence sur les criminels ?
Non absolument pas. Pour réaliser le crime parfait, vaut mieux séjourner en prison que de regarder ces séries !
Une journée dans la vie de Yann



Yann est un lève-tôt. Vers 5 heures 30, quand la plupart des gens dorment encore, il rédige déjà des rapports et regarde au microscope des tissus prélevés lors de précédentes autopsies. Il recherche des tissus cancéreux sur des organes vitaux comme le cerveau, les poumons… qui pourraient avoir entrainé la mort.

À 7 heures, il rencontre le coroner et prend connaissance des cas pour lesquels une autopsie est demandée. Il enchaine à 8 heures avec une réunion en présence des quatre autres pathologistes et deux agents de liaison. Après s’être partagé les cas avec ses collègues, Yann débute les autopsies vers 9 heures.

Aujourd’hui il s’agit d’un homme décédé depuis deux semaines retrouvé à son domicile : aucune trace d’effraction ni de blessures. Au bout d’une demi-journée, Yann n’a toujours pas déterminé la cause de la mort. Il a réalisé des prélèvements qu’il va envoyer pour des analyses toxicologiques ou la recherche de maladies. Mais contrairement aux séries policières, les résultats ne seront prêts que dans quelques semaines. En attendant, le corps va pouvoir être remis à la famille.

Quelques fois, les autopsies peuvent l’occuper pendant une journée entière. Vers 16 heures Yann peut rentrer chez lui. Une vingtaine de fois par an, il est appelé à témoigner en cour.
Sur les bancs de l’école…
Yann a obtenu un DEC général en science de la nature au CEGEP Ahunstic à Montréal. Il a ensuite été accepté en médecine et a complété son doctorat en 5 ans à l’Université Laval.

Son diplôme de médecin en poche, Yann ne pouvait pas encore pratiquer. Il a opté pour une résidence en anatomopathologie de 5 ans à l’Université Laval. Il a réalisé des stages en anatomopathologie, en chirurgie, puis en pathologie, notamment judiciaire pendant deux mois dans le service où il travaille actuellement. Pour pouvoir travailler au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale, il a dû réussir un concours gouvernemental. Il a été ensuite formé à l'interne.


Au cégep :
D.E.C en science (2 ans)

À l’université :
Le candidat doit réaliser un doctorat de 1er cycle en médecine. Au Québec, quatre universités offrent la formation en médecine :
• Université Laval (Québec)
• Université McGill (Montréal)
• Université de Montréal
• Université de Sherbrooke

Chaque formation comprend une période de préexternat et d’externat pendant lesquels l’étudiant réalise des stages pratiques.

Depuis peu, il faut avoir fait une surspécialité en dehors du Québec pour exercer en tant que pathologiste judiciaire.

Et après ?
Au Québec, le pathologiste judiciaire peut travailler uniquement au Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale.
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