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Restaurateur d'œuvres d'art

18/01/2016
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Ton cœur balance entre art et science ? Le métier de restaurateur d’œuvres d’art est fait pour toi. Dans son atelier ou sur le terrain, le restaurateur révèle les qualités esthétiques d’une œuvre d’art qui a été endommagée ou qui a mal vieilli pour lui redonner son aspect d’origine. Une mission impossible sans la technique de la science et la passion de l’art. Peintures, sculptures, textiles, meubles, livres, céramiques... le restaurateur se spécialise dans un type d’œuvres ou d’objets.


 

Sophie Roberge, restauratrice d’œuvres d’art
Sophie est restauratrice au Centre de conservation du Québec depuis 2001. Cette institution compte une trentaine de restaurateurs répartis en sept spécialités différentes : meubles, sculptures, œuvres sur papier, textiles, objets archéologiques et ethnologiques, métal-pierre et peintures. Sophie a orienté sa carrière vers la restauration des peintures.


 
Pourquoi avoir choisi le métier de restaurateur ?
La restauration combine à la fois le côté très manuel de ma formation en design et en histoire de l’art. Lorsque je suis entrée pour la première fois au Centre de conservation du Québec, j’ai immédiatement eu la piqûre en apercevant les peintures et les chariots remplis de très petits pinceaux et de bouteilles de solvants divers.
 
En quoi consiste la restauration d’une peinture ?
Par exemple, j’effectue des nettoyages, des dévernissages pour retirer le vernis qui a jauni avec le temps et je réalise d’infimes retouches de peintures où il y a des lacunes. Je peux réparer une déchirure, consolider des écailles de peinture, remettre à plat une toile ou la doubler si elle n’est plus assez forte pour soutenir la tension sur le châssis.
 
Qu’aimes-tu le plus dans ton métier ?
J’aime travailler sur l’œuvre directement. Mes deux étapes favorites sont le dévernissage, car le résultat est souvent impressionnant et la retouche. J’aime aussi prendre part à l’histoire du tableau, il y a toujours beaucoup d’aspects intéressants à découvrir !
 
Quelle discipline scientifique est indispensable à ton travail ?
Sans hésiter, la chimie organique. Elle est importante pour la connaissance des produits que j’utilise, comme les solvants lors des nettoyages et aussi pour la connaissance des matériaux qui constituent les œuvres.  

Quels produits utilises-tu ?
Des produits souvent conçus spécifiquement pour la restauration parce qu’ils sont faits de matériaux stables chimiquement et physiquement dans le temps. Il faut aussi qu’ils soient réversibles pour qu’ils puissent être retirés facilement sans endommager la peinture d’origine.
 
Te déplaces-tu parfois sur le terrain ?
Oui, pour aller examiner de grands tableaux, par exemple, ou pour des chantiers de restauration. Les chantiers sont surtout pour des peintures murales dans les églises. Les chantiers peuvent s’étirer d’une semaine à trois mois. C’est un aspect de ma profession qui est plus exigeant physiquement, je travaille en échafaudage et parfois au plafond !

D’où proviennent les demandes de restauration ?
Nous travaillons pour les musées d’états comme le Musée d’art contemporain de Montréal ou le Musée national des beaux-arts de Québec et les Musées de la civilisation de Québec. Les musées privés, les particuliers, les municipalités, les églises et d’autres organismes sollicitent aussi nos services.

Les tableaux que tu restaures sont-ils anciens ?
Les œuvres sur lesquelles je travaille font partie du patrimoine québécois. Les collections contiennent des tableaux datant à partir du XVIIe siècle et beaucoup de peintures modernes et contemporaines ! Nous recevons des tableaux d’artistes québécois, mais aussi européens comme les tableaux du fond Desjardins. Ce sont des œuvres arrivées de France au début du 19e siècle.
 
Une anecdote à nous raconter ?
À une certaine époque, il n’était pas question d’afficher une peinture d’un angelot ou d’un saint dénudé dans une église. Des peintres s’assuraient de recouvrir cette nudité d’un coup de pinceau. Lors de la restauration, mes collègues et moi retirons ces ajouts pour retrouver les œuvres originales.
 
La restauration réserve-t-elle des surprises ?
Oui ! Parfois, je retrouve des signatures ou même une œuvres entière dessous la peinture actuelle. Les rayons X permettent de révéler ces détails, ce qui est très utile pour les historiens de l’art.
 
Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer ton métier ?
La patiente, la minutie et la curiosité. Il faut aussi avoir une bonne perception des couleurs et être observateur.
 
Ta profession évolue-t-elle ?
Oui, il faut constamment se tenir à jour en participant à des conférences ou à des formations. Par exemple, la peinture acrylique date des années 60, nous sommes donc confrontés à des nouveaux problèmes qui sont différents que pour la peinture à l’huile.
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Une journée dans la vie de Sophie

Il est 8 h 30 lorsque Sophie franchit la porte du Centre de conservation et se dirige vers l’atelier de peintures qu’elle partage avec six autres de ses collègues. Il s’agit d’une grande pièce munie d’une haute fenestration orientée nord pour profiter au maximum de la lumière naturelle, précieuse pour son travail. À l’intérieur, on y trouve toutes sortes d’équipement : des simples cotons-tiges, des scalpels, des pinceaux, des binoculaires, des lampes, des petites pointes chauffantes pour réparer les déchirures, des hottes pour la préparation des mélanges...

Assise à son bureau, la restauratrice commence par consulter ses courriels. En tant que représentante de son équipe, elle gère les demandes des clients, et répond aux interrogations des artistes. L’équipe s’apprête aussi à recevoir une peinture provenant d’une église de la région. Il faut alors organiser le transport de l’œuvre jusqu’à l’atelier. Chaque restaurateur a ses propres dossiers. Un petit tableau d’un particulier peut demander une dizaine d’heures de travail tandis que certaines grandes toiles requièrent jusqu’à 500 heures et même parfois plus.

En ce moment, Sophie consacre son temps à un tableau datant du milieu du 19e siècle. La restauratrice peut passer une journée entière à retirer délicatement le vernis à l’aide de cotons-tiges et de solvants. Des couleurs éclatantes apparaissent progressivement dévoilant l’œuvre sous un autre jour.

Chaque toile a son propre dossier, un peu comme chez le médecin. À l’arrivée de celle-ci, la spécialiste documente les matériaux utilisés par l’artiste, les dommages visibles pour ensuite émettre un diagnostic et proposer un traitement. Au fur et à mesure de la restauration, elle colligera les travaux qu’elle a effectués. Sur demande, Sophie peut aussi émettre des recommandations quant aux conditions de conservation et d’entretien de la peinture pour retarder sa détérioration.
 
Sur les bancs d’école...
 
Sophie a obtenu un DEC en design de présentation au cégep du Vieux-Montréal puis un baccalauréat en histoire de l’art à l’UQÀM. Elle détient une maîtrise en restauration des peintures de l’Université Queen’s. Pendant sa formation, elle a effectué des stages d’étude au Musée des beaux-arts de Montréal et au Centre de conservation du Québec. Elle a ensuite réalisé un stage de perfectionnement à l’Institut Royal du Patrimoine Artistique à Bruxelles.

 La majorité des restaurateurs qui exercent au Québec ont étudié dans des universités canadiennes, européennes ou états-uniennes. 
 
Pour devenir restaurateur, une formation de niveau maitrise est recommandée.
Au Canada seule l’Université Queen’s à Kingston en Ontario offre une maitrise en restauration d’œuvres d’art.

 Les exigences requises pour l’entrée en maitrise sont détaillées sur le site internet du programme.
 
 
Comme Sophie, il est possible d’obtenir une accréditation de l’Association canadienne des restaurateurs professionnels. Elle n’est pas obligatoire, excepté pour les restaurateurs qui travaillent sur les chantiers de construction. Il s’agit d’une reconnaissance des pairs et nécessite 5 années d’expérience dans le métier.
 
Il existe deux associations canadiennes dans le domaine de la restauration.
L’Association canadienne des restaurateurs professionnels (ACRP) et l’Association canadienne pour la conservation-restauration des biens culturels (ACCR).

 
Et après ?
 
Le restaurateur peut travailler dans les musées, en ateliers privés, au Centre de conservation du Québec ou au Centre national de l’Institut canadien de conservation à Ottawa.
 
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