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Sexologue

29/02/2016
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Premiers rapports, abus sexuels, identité sexuelle, il arrive parfois que notre sexualité soit une source d’angoisse et de tourments. Cependant, parler de sexualité ce n’est pas toujours facile. Le sexologue a justement les compétences pour aider les jeunes et les moins jeunes à s’épanouir dans leur vie intime et sexuelle. Ce spécialiste de la sexologie peut également travailler à la prévention sexuelle et à l’éducation à la sexualité en donnant des conférences ou des interventions directes dans des établissements scolaires. Il peut aussi faire avancer les connaissances dans ce domaine en se consacrant à la recherche ou encore se spécialiser en sexothérapie.
 

Sarah Tessier, sexologue

Sarah a obtenu sa maitrise en sexologie en 2013. Dès l’obtention de son baccalauréat, elle administre un programme d’éducation à la sexualité et propose de l’aide individualisée aux élèves de la 1re à la 5e secondaire du Collège Saint Sacrement à Terrebonne.


Quand as-tu eu l’idée d’être sexologue ?
Au Cégep, j’étais intéressée par beaucoup de domaines, mais je ne savais pas encore quel métier je voulais exercer. J’ai découvert la sexologie qui m’a beaucoup plu par son approche multidisciplinaire c’est-à-dire la possibilité d’étudier la sexualité humaine à travers la sociologie, la biologie, la psychologie, l’histoire ou encore la philosophie.

En quoi ton métier est-il important ?
Je considère que le développement sexuel équilibré d’une personne passe par une saine éducation à la sexualité. Cette éducation permet non seulement de transmettre des valeurs de respect, d’égalité, d’ouverture aux différences, elle apporte en plus une réflexion importante sur tous les aspects de la vie affective et sexuelle. Les jeunes ont accès à beaucoup d’informations sur internet, et ils ont aussi besoin d’un spécialiste pour distinguer le vrai du faux, les amener à réfléchir et nuancer certaines informations.

Qu’aimes-tu le plus dans ton métier ?
Une chose que j’apprécie vraiment est l’interdisciplinarité. J’aime aussi la variété des tâches que m’offre mon travail.

Qu’apprécies-tu le moins ?
La profession de sexologue est relativement récente et parfois difficile à faire reconnaitre. Un vent de changement est arrivé avec la création de l’ordre professionnel. La sexologie peut apporter une contribution dans de nombreux milieux auprès d’une clientèle très diversifiée. C’est un défi intéressant à relever !

Quelles sont les principales qualités pour devenir sexologue ?
Selon les forces et les intérêts de chacun, plusieurs types de personnalité peuvent découvrir une passion à travers la sexologie. C’est un domaine très diversifié. Mais je dirais que la qualité universelle est d’être ouvert d’esprit. Il faut avoir une attitude non jugeante pour instaurer une relation de confiance avec notre interlocuteur. 

Le gouvernement a annoncé d’ici 2017 un retour obligatoire des cours d’éducation à la sexualité, qu’en penses-tu ?
C’est une excellente chose. Idéalement, un sexologue par école devrait coordonner un comité d’intervenants (enseignants, directeurs, professionnels) et s’assurer que l’apprentissage est fait de façon compétente. Je suis pour un travail de collaboration.

Au collège, quels élèves consultent le plus ?
La majorité de ma clientèle est constituée d’élèves du 2e cycle. Généralement, les filles viennent me voir pour parler de contraception, du premier rapport sexuel, de problèmes associés au sextage, d’agression sexuelle… Les garçons se confient davantage sur leurs peines d’amours, la séduction, les relations amoureuses, l’orientation sexuelle.

Les jeunes sont-ils gênés de parler de leur sexualité ?
Lorsqu’ils viennent me voir, c’est souvent parce qu’ils ont épuisé toutes leurs ressources ! Ça leur demande beaucoup de courage. Mon rôle est de les rendre le plus à l’aise possible. Il est important de créer une relation de confiance et la base de mon service est la confidentialité. C’est ce qui amène les jeunes à se confier.

Une anecdote à nous raconter ?
Les jeunes sont très influencées par les films, par internet… Avec la sortie de « Cinquante nuances de Grey », on me questionne beaucoup sur le sadomasochisme à tous les niveaux ! Je ne peux pas en parler de la même façon dans un groupe de 2e secondaire et dans une classe de 5e secondaire.

Te confrontes-tu à des situations délicates ?
C’est souvent le cas. Ça fait définitivement partie de mon travail. Par exemple, si une élève demande qu’elle est l’âge idéal pour avoir son premier rapport sexuel il faut faire preuve de délicatesse et expliquer que cela dépend des personnes. Il ne faut pas que les élèves aient honte de ce qu’ils ont vécu ou pas encore vécu.

Quelles sont les perspectives d’avenir de ta profession ?
Actuellement, la plus grande concentration de sexologue se trouve à Montréal. C’est une profession récente et je suis persuadée qu’il va y avoir un essor dans les années à venir et que la demande va augmenter en région.
 
Une journée dans la vie de Sarah

Aujourd’hui, c’est vendredi. C’est la journée de la semaine consacrée aux rencontres individuelles. Sarah est présente à son bureau pour recevoir les élèves qui ont pris rendez-vous. D’autres préfèrent l’aborder spontanément au détour d’un couloir pendant sa pause.

La sexologue commence sa journée en accueillant un élève de 3e secondaire. Pour une première rencontre, la spécialiste remplit une fiche de renseignements, évalue les besoins de l’élève, ce qui l’emmène à consulter et les objectifs qu’il souhaite se fixer. Le jeune homme demande de l’aide pour annoncer son homosexualité. Quel est le meilleur moment pour le faire ? Comment les autres élèves vont-ils réagir ? Sarah planifie alors une autre rencontre pour pouvoir en discuter plus longtemps. Elle rédige également un rapport confidentiel.

Au tour maintenant d’une adolescente de 5e secondaire. Celle-ci se plaint de douleurs lors de ses rapports sexuels. La sexologue requiert un examen médical pour qu’elle puisse déterminer si la cause est biologique ou psychologique.

Selon les situations, la sexologue peut rencontrer plusieurs fois un élève pour réussir à atteindre ses objectifs. Une visite suffit pour informer une jeune fille sur la pilule contraceptive tandis qu’une élève victime d’agression sexuelle aura besoin de plus de temps. Au-delà de 8 séances, Sarah décide de recommander l’étudiant à une organisation spécialisée, à un sexologue - psychothérapeute ou à un psychologue.

Le reste de la semaine, la sexologue rencontre des classes pendant une heure. Selon le niveau, elle abordera des thématiques telles que la puberté, les changements corporels, les protections sexuelles, les relations amoureuses saines, la pornographie ou l’intimité amoureuse. Les élèves pourront lui poser librement des questions. Pour offrir un enseignement de la meilleure qualité possible, elle travaille en étroite collaboration avec les enseignants, les autres professionnels et la direction du collège.

Sarah est également chargée d’affaires professionnelles à l’Ordre professionnel des sexologues du Québec où elle est amenée entre autres à développer des programmes de formation continue en sexologie et à organiser des formations données par des experts. 
 
Sur les bancs d’école…
Sarah a obtenu un baccalauréat et une maitrise recherche/intervention en sexologie à l’Université du Québec à Montréal. Son mémoire portait sur la profession de sexologue au Québec dans le contexte des activités professionnelles consacrées à l’agression sexuelle et à la violence dans les relations intimes.

Au Cégep :
- DEC ou l’équivalent

À l’université :
- Baccalauréat en sexologie
- Maitrise en sexologie
(Un doctorat en sexologie permet d’axer sa carrière sur la recherche et l’enseignement)

L’Université du Québec à Montréal (UQAM) est la seule université au Québec à offrir ce programme.
L’Université Laval offre un microprogramme (Attestation d’études de premier cycle) en Sexualité humaine — études sur les abus sexuels.

Pour exercer la profession de sexologue, il faut être membre de l’Ordre professionnel des sexologues du Québec.

Et après ?
Le sexologue peut travailler à son compte, dans les établissements d’enseignement, dans les organisations gouvernementales, les médias d’information, les organismes communautaires…
 
 
 
 
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