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Technicien en pâtes et papiers

27/10/2017
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photo: moreno.soppelsa@depositphotos

Les produits dérivés du papier sont omniprésents dans notre vie courante, du papier de toilette aux cahiers de cours. Pour faire du papier, il faut d’abord former une pâte qui passera ensuite dans diverses machines d’une chaîne de production où elle sera essorée, compressée, chauffée, coupée, etc. À mi-chemin entre la chimie et l’ingénierie, le technicien en pâtes et papiers est le spécialiste de ces produits. Il connaît les procédés d’usinage et il sait créer des recettes de pâtes pour répondre à tous les besoins.

Aujourd’hui, l’industrie des pâtes et papiers se tourne vers des produits innovants, comme l’utilisation de microalgues et la création de papier intelligent contenant des agents antibactérien. Les produits courants sont repensés dans un souci environnemental, comme en fait foi le nombre croissant de matériaux recyclés.

Pier-Luc Matteau, technicien en pâtes et papiers
Pier-Luc travaille chez Innofibre, une entreprise de recherche dans le domaine des pâtes et papiers. Il s’agit d’un centre collégial de transfert de technologie (CCTT) affilié au cégep de Trois-Rivières. Il se situe sur le campus de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), dans le pavillon du Centre intégré en pâtes et papiers (CIPP).
 
Pourquoi avoir choisi ce métier ?
C’est après la visite d’une usine de pâtes et papier durant mon secondaire que j’ai eu envie de faire ce métier. J’ai vu que les machines fonctionnaient à une cadence extrêmement rapide et j’aimais l’ambiance de l’usine : bruyante et dynamique. J’appréciais aussi le fait qu’il y avait aussi des tâches en laboratoire pour l’assurance qualité et le développement de produits.
 
À quoi correspond le terme "pâte" dans "pâtes et papier" ?
La pâte, c’est ce qui entre dans la chaîne de production et qui deviendra du papier; c’est la recette. Il existe différents types de pâte : mécanique, chimique et recyclée. Cela dépend de la transformation que subit la matière première utilisée. Le procédé par lequel le bois, les plantes comme le chanvre ou le papier recyclé passent peut différer selon les caractéristiques que l’on souhaite retrouver dans le produit final. Après cela, la pâte est diluée avant de subir son usinage et devenir du papier.
 
Tu oeuvres dans un centre de transfert technologique. En quoi ton travail diffère-t-il de celui d'un technicien en pâtes et papiers travaillant dans une usine ?
Chez Innofibre, j’ai surtout des tâches de recherche et de développement de produits pour différentes entreprises. Ce type de travail est aussi présent en usine puisqu’une entreprise cherche toujours à innover. Cependant, lorsque je travaillais dans une usine papetière, j’avais surtout un rôle dans le contrôle de la qualité des produits sur la chaîne de production. C’est un métier plus routinier puisque des tests précis doivent être faits selon un horaire. Par exemple, le lundi et le mercredi, je testais toujours la même étape de production pour vérifier la consistance et les caractéristiques physiques de la pâte. De plus, j’étais appelé à réparer des machines en cas de problème. La chaîne de production était équipée de capteurs qui mesuraient pour nous certaines données de la pâte et du papier. Par contre, il fallait s’assurer qu’ils soient bien calibrés pour avoir des mesures justes.
 
Dirais-tu que ton métier est un mélange de chimie et de génie ?
Oui, c’est certainement un mélange de tout ça. Au cégep, j’ai suivi des cours de chimie organique et de chimie analytique pour être capable de faire différents tests en laboratoire. L’ingénierie est aussi bien présente parce qu’on doit comprendre le fonctionnement des machines et leur paramétrage. C’est en changeant la calibration de l’appareil qu’on peut obtenir les caractéristiques de la pâte souhaitées. Il y a beaucoup de notions similaires au génie mécanique et chimique.
 
C'est un domaine en pleine transformation. Peux-tu me parler de certaines innovations ?
Les compagnies papetières se tournent davantage vers des produits écologiques et de récupération. Elles augmentent aussi l’offre de produits innovants comme l’introduction de produits antimicrobiens dans du papier à mains. Je sais qu’une partie de cette transformation touche les produits d’emballage que l’on souhaite intelligent avec l’ajout de capteurs chimiques ou électroniques. Au centre, nous avons un bassin-test pour la croissance de microalgues dans le but de faire du biocarburant, mais aussi des bioproduits. L’idée est de récupérer des microalgues d’eaux usées industrielles pour leur donner une deuxième vie sous forme de matière première pour du papier ou du carton. En faisant éclater leurs cellules et en les déshydratant, on pourra obtenir une pâte pouvant être transformée en différents produits.

Cette transformation du domaine se répercute-t-elle sur l’offre de formation ?
Tout à fait ! L’ancien programme technique du cégep de Trois-Rivières a été complètement repensé en ce sens. Elle s’appelle désormais Technologies de transformation de la cellulose, écodéveloppement et écoproduits. Comme son nom l’indique, le programme permet de former les étudiants sur les techniques de transformation de la cellulose pour fabriquer des pâtes et du papier, mais en garder une approche très écologique et innovante. Une autre particularité du programme est sa séparation en 3 modules différents correspondant à une année de cours chacun.
Une journée dans la vie de Pier-Luc
 
Pier-Luc a un horaire flexible au centre de recherche. Il ne tarde pas trop à arriver cependant puisque ses journées sont souvent bien chargées. D’ailleurs, il commence, la plupart du temps par terminer les tests qu’il n’a pas eu le temps de faire la veille !
 
Le centre fonctionne par contrats pour des clients québécois ou étrangers. Pier-Luc et ses collègues reçoivent une liste de demandes du client sous forme de tests à mener en laboratoire. Chacun est responsable de différents tests, ce qui apporte une grande diversité dans les tâches journalières.
 
Certaines compagnies papetières envoient des échantillons de pâtes pour qu'ils soient analysés. Pier-Luc mène alors des tests pour vérifier la qualité de la pâte, l’optimisation du procédé de fabrication ou encore identifier des contaminants potentiels. Au laboratoire, une machine étire la pâte pour mesurer son élasticité, alors qu’une autre permet de thermoformer des fibres de cellulose pour en faire un matériau composite.
 
Dernièrement, Pier-Luc s’est occupé d’un projet pour une compagnie qui recycle le bois des maisons qu’elle démolit. Son but était de valider le bon fonctionnement de leurs tamis industriels. Il s’est penché sur la grosseur des copeaux de bois qui passaient à travers les tamis. Avec un appareil, il les a séparés selon leur grosseur. Il pouvait alors quantifier le nombre d’entre eux mesurant 5 mm et plus par exemple. Ensuite, il a envoyé tout ça dans le four à haute température pour récupérer les contaminants potentiels de l’échantillon qui résistent à cette température. Finalement, il a terminé le projet par des tests d’humidité sur ses échantillons; trop d’humidité pourrait favoriser la croissance de moisissures.
 
Selon les tests en cours, Pier-Luc fonctionne en triplicata, c’est-à-dire qu’il fait un test avec 3 échantillons identiques afin de pouvoir rejeter un échantillon si le résultat du test n’est pas représentatif. De cette manière, il est sûr de la validité des résultats qu’il obtient. Après, il renvoie ses résultats au chargé de projet qui s’occupera de faire un rapport au client.
 
Ensuite ? Nouveau client, nouveau projet !
Sur les bancs d'école...
Pier-Luc a fait un DEC-technique en technologies des pâtes et papiers au cégep de Trois-Rivières. Il a d'abord travailler quelques années en usine avant de changer d’emploi pour Innofibre.
 
Au cégep :
DEC-technique en technologies de transformation de la cellulose, écodéveloppement et écoproduits (3 ans) au cégep de Trois-Rivières. 
C’est un programme d’étude en alternance travail-étude avec stages rémunérés en entreprises.
 
Et après ? 
Certains étudiants peuvent avoir la piqûre de l’ingénierie et continuer à l’université en génie mécanique ou chimique par exemple. Il existe aussi des programmes en transformation du bois. Il existe des passerelles entre le cégep de Trois-Rivières et plusieurs universités québécoises pour créditer des cours suivis au cégep.
 
Le technicien en pâtes et papiers peut travailler en industrie ou dans des laboratoires de recherche. De plus, il peut aussi œuvrer comme représentant d’équipements et de procédés pour diverses entreprises.
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