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Thanatologue

22/06/2018
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Yeux fermés, mains croisées, l’air serein… Le temps semble figé pour les morts qui sortent du laboratoire de la thanatologue. Celle-ci freine les processus de décomposition pour permettre aux proches du défunt de faire leurs derniers adieux sans danger… et sans odeurs !

Les tabous qui entourent la mort font de la thanatologie une profession méconnue. Autrefois qualifié de croque-mort, le thanatologue est un expert des procédés d’embaumement et des rites funéraires. En plus de préparer les corps, ses compétences en psychologie et en administration lui permettent d’accomplir toutes sortes de tâches : conseiller les familles, organiser les funérailles, diriger une entreprise funéraire et même conduire le corbillard !

Véronique Théorêt, thanatologue
Véronique a travaillé pendant 2 ans en tant que thanatologue dans plusieurs compagnies funéraires de Montréal, pour ensuite embaumer sur appel tout en entamant des études dans le domaine de la santé. Ce n’est pas parce qu’on prend soin des vivants qu’on doit négliger les morts !

À quoi sert l’embaumement ?
L’embaumement ralentit les processus de décomposition. On le fait pour des raisons esthétiques et sanitaires. Si le défunt est mort depuis plus de 18 heures, la loi exige que le corps soit embaumé avant d’être mis au contact des vivants.

Quelles sont les étapes de préparation d’un corps ?
Je commence par lire le constat de décès émis par le médecin afin de planifier l’embaumement. Chaque mort est différente, il n’y a pas de recette !
La concentration et la nature des produits utilisés dépendent de plusieurs choses : la cause du décès, l’état du corps, le temps écoulé depuis la mort et la date des funérailles. Par exemple, si la peau de la personne a été fragilisée par la chimiothérapie, je choisis des produits plus doux. Une pompe électrique permet d’injecter ces produits dans les vaisseaux sanguins du défunt pour remplacer son sang. C’est comme faire le changement d’huile d’un moteur !

Pour s’assurer que le liquide passe bien, il faut briser la rigidité cadavérique par des massages et des étirements, comme un physiothérapeute. On traite aussi les viscères en aspirant les liquides biologiques qu’elles contiennent. Finalement, on referme les incisions puis on lave, on habille, on coiffe et on maquille le corps.

C’est inquiétant de travailler avec les morts ?
J’ai plus peur des vivants que des morts ! Les morts ne peuvent pas nous faire de mal.
J’ai quand même sursauté la première fois que j’ai entendu une dépouille faire du bruit ! Ça arrive quand on écrase la trachée en déplaçant le corps.

Est-ce que l’odeur est dérangeante ?
Je me suis habituée aux odeurs d’urine et de selles, mais quand le corps est dans un état de putréfaction très avancé, l’odeur est terrible ! Je mets un masque et ça devient tolérable. Quant à l’aspect visuel, ça ne me dérange pas du tout !

Dois-tu prendre des précautions particulières ?
Je porte un sarrau de plastique par-dessus un sarrau normal, des gants et des manchons qui couvrent mes bras des poignets aux coudes. Pour mon visage, je peux porter une visière ou un masque.

Le cas le plus risqué dont j’ai eu à m’occuper était une personne sidéenne décédée de la tuberculose. J’ai dû mettre un masque spécial ainsi qu’une double épaisseur de protections !

Quelle place occupent les sciences dans ton travail ?
La chimie permet de comprendre les interactions entre les produits utilisés et la dépouille. Il est aussi important de bien connaître l’anatomie et le fonctionnement du corps humain.

Qu’est-ce qui t’a d’abord intéressé à ce domaine ?
Je suis allée aux portes ouvertes du Collège de Rosemont pour voir le programme d’arts et lettres. Lorsque j’ai su que la technique de thanatologie était uniquement offerte à cet endroit, j’ai été intriguée. Je suis allée voir les locaux et j’ai vu comment fabriquer un nez pour restaurer un visage. C’est venu chercher mon côté artistique !

Comment s’est passé ton premier contact avec la mort ?
J’étais fascinée ! Dans nos cours, un corps réfrigéré est attribué à chaque équipe. Il nous suit tout au long de la session. Je vais toujours me rappeler de ce monsieur !

Quelles sont les qualités d’un bon thanatologue ?
Il faut être créatif pour refaire une «beauté» aux défunts : retirer des tumeurs, remettre des éléments en place, reconstruire le visage avec de la cire et du maquillage, etc.
Il faut aussi être empathique envers les familles. Les gens en deuil ont besoin d’être écoutés.

Côtoyer la mort au travail, c’est difficile pour le moral ?
Non ! Pour moi la mort n’est pas un tabou. Travailler avec les défunts me rappelle à quel point la vie est précieuse. Ça donne le goût d’en profiter !
 
Une journée dans la vie de Véronique

Dans le domaine funéraire, comme la mort frappe sans prévenir, on ne peut pas s’attendre à un horaire stable. Chaque journée apporte son lot de surprises !

Selon Véronique, embaumer est une vocation. Les thanatologues doivent rester disponibles puisque les corps ne peuvent pas être réfrigérés indéfiniment et le processus de décomposition suit son cours, congés fériés ou non !

Lorsque Véronique se met au boulot, préparer un corps prend environ 3 heures. Si les morts sont nombreuses, elle peut passer des journées entières à embaumer. Dans les petites entreprises, les thanatologues peuvent aussi être amenés accomplir d’autres tâches pour lesquelles ils sont formés : accompagner les familles, diriger le salon funéraire ou remplir la paperasse administrative et légale. Il y a toujours quelque chose à faire !
 
Sur les bancs d’école…
Une fois diplômée de l’école secondaire, Véronique a effectué sa technique de thanatologie au Collège de Rosemont, à Montréal. Les 2 premières années du programme sont passées sur les bancs d’école, tandis que la troisième se déroule en milieu de travail. Immédiatement après avoir gradué en 2014, Véronique a été embauchée par l’entreprise où elle terminait son stage.  

Au cégep :
Le collège de Rosemont est le seul établissement d’enseignement à offrir la technique de thanatologie au Québec.
 
Et après…
Être thanatologue implique souvent de travailler à temps partiel. Bien qu’en région l’expertise d’embaumeur soit en demande, la quantité de travail dépend évidemment du nombre de décès. Dans les plus petites villes, il n’y a (heureusement) pas des morts tous les jours ! 

Avec ton permis d’embaumeur en poche, tu peux exercer la profession de thanatologue dans les entreprises funéraires, les crématoriums, les morgues, les laboratoires d’anatomopathologie, les hôpitaux et les universités.
 
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