Québec Science BUZZons
Professions

Glaciologue

03/08/2015
-
Les glaciologues n’ont pas froid aux yeux. Véritables aventuriers, ils partent à l’assaut des glaciers équipés de piolets, de pelles, de mousquetons ou de harnais. Ils prélèvent des échantillons pour étudier les propriétés chimiques et physiques de la glace et comprendre les mouvements et l’évolution des glaciers en réponse aux changements climatiques. Une fois rentrés du terrain, ils analyseront leurs données et pourront les partager au plus grand nombre.

Christophe Kinnard, glaciologue
Christophe est professeur et chercheur au Département des sciences de l’environnement à l’Université du Québec à Trois-Rivières depuis 2013. Le glaciologue est parti étudier les glaciers dans les Andes du Chili, en Arctique, en Antarctique et dans les montagnes Rocheuses. Afin de faciliter les recherches dans les zones difficiles d’accès, le chercheur est à l’initiative d’un projet utilisant les drones comme outils de recherche.

Pourquoi cet intérêt pour les glaciers ?
Depuis l’adolescence, j’ai le gout de l’aventure. J’ai réalisé très tôt des expéditions en plein air et je suis devenu un alpiniste chevronné. Pendant mes études en géographie, la glaciologie s’est imposée à moi. C’était l’idéal pour lier mon intérêt pour les sciences et ma passion pour le plein air.

Quels sont les côtés positifs de ton métier ?
L’opportunité d’explorer des endroits extraordinaires, souvent inaccessibles pour la plupart des gens !

Quels sont les aspects négatifs ?
Je passe trop de temps devant l’ordinateur à mon gout, mais ça fait partie du métier. J’ai aussi une grosse charge de travail liée à ma fonction de professeur, c’est parfois difficile.

En quoi consiste ton travail ?
Je travaille dans des zones où les disponibilités en eau sont déjà limitées et proviennent essentiellement de la fonte des glaciers et de la neige. Je m’interroge sur comment le changement climatique va affecter la contribution des glaciers aux ressources d’eau. Il faut prévoir ce qu’il va se passer dans les années à venir pour en assurer une meilleure gestion pour le bien des populations locales.

Combien de temps passes-tu sur le terrain ?
Lorsque j’étais chercheur à temps plein dans un institut de recherche au Chili je partais d’un à plusieurs mois sur le terrain par an. Maintenant que je suis professeur, ça se limite à 2 ou 3 semaines.

D’où t’es venu l’idée d’utiliser des drones dans tes recherches ?
Il y a un engouement pour les drones à tous les niveaux. Je suis en train d’évaluer la pertinence de ce nouvel outil pour obtenir des données sur des endroits difficiles d’accès comme des glaciers avec crevasses. Les drones nous fournissent des images utiles pour estimer la hauteur d’une surface du glacier par exemple. Sur plusieurs années, leur utilisation permettrait de voir l’évolution du glacier.

À ce jour, est-ce positif ?
Tout reste à prouver ! Il faut montrer que les données sont précises et exploitables et que l’utilisation des drones est rentable à long terme.

Faut-il maitriser les sports de plein air pour être glaciologue ?
Non, il est possible d’apprendre progressivement sur le terrain. Il faut être conscient que l’on travaille dans un environnement hostile et rester prudent. Aujourd’hui, c’est aussi possible de faire de la glaciologie sans faire de terrain et travailler en modélisation ou en télédétection (analyse d’images satellites).

Une aventure inoubliable à nous raconter ?
J’effectuais un appel satellite lors d’une expédition sur le mont Logan, la plus haute montagne du Canada. J’ai juste eu le temps de dire que l’on était près du sommet et qu’il y avait une grosse tempête. Au moment où j’allais préciser que tout allait bien, la communication a coupé ! J’avais peur qu’il donne l’alerte hélico alors que nous n’étions pas en danger !

Croises-tu parfois des animaux ?
Non, pas vraiment. Les glaciers sont des milieux hostiles, il n’y a pas beaucoup de vie… En revanche, si je travaille à la marge du glacier il y a beaucoup plus de faunes. Il m’est arrivé de croiser des traces d’ours polaires sur un grand champ de glace.

Quelles sont les qualités requises pour exercer ton métier ?
Le gout de l’aventure pour le terrain. La curiosité et l’imagination sont aussi des qualités indispensables pour n’importe quel scientifique.
Une journée dans la vie de Christophe.
Huit heures. Le glaciologue, accompagné de trois étudiants, est prêt à monter à bord de l’avion. Direction Les Rocheuses. Ils accèderont  ensuite au glacier en hélicoptère. L’équipe installe un camp de base en autonomie complète dans lequel ils y passeront deux semaines.  Vêtements chauds, tentes, duvets et bien sur la nourriture qu’il faut prévoir en plus grande quantité au cas où ils soient retardés par le climat. Chaque jour, ils arpentent le glacier à pieds pour réaliser des mesures.

Christophe aide ces jeunes chercheurs à déployer des stations météorologiques. Les données recueillies permettront de faire le lien entre le climat et le processus de fonte des glaces. L’équipe installe aussi un réseau de balises GPS qui relèvera des données en hiver et au début de l’été dans le but de savoir si le glacier a gagné plus de masse qu’il en a perdu. Ils utiliseront aussi un drone pour réaliser des photographies aériennes.

De retour à l’Université du Québec à Trois-Rivières, pas le temps de se reposer. Il faut maintenant réaliser des analyses statistiques de base sur les nombreuses données recueillies sur le terrain pour comprendre la relation entre les différentes variables et éventuellement modéliser par ordinateur le comportement du glacier. Par exemple, comment celui-ci va-t-il répondre face à un climat donné. Il faut aussi effectuer le traitement des 2000 images prises par le drone avec un logiciel spécifique. Il sera alors possible d’estimer le couvert neigeux et voir l’évolution dans le temps. Le glaciologue pourra alors atteindre le but ultime, faire avancer la science : ses résultats seront publiés dans des bases de données ou des revues scientifiques !
Sur les bancs d’école…
Christophe a commencé un DEC en science et l’a finalement terminé en sciences administratives. Pendant son baccalauréat de géographie physique à Montréal il a donc suivi des cours supplémentaires pour se remettre à niveau. Il a poursuivi en maitrise à Ottawa où il a étudié la cryosphère arctique. Pendant son doctorat qu’il a réalisé à Ottawa, Christophe s’est spécialisé dans l’utilisation des glaciers comme archive paléoenvironnementale.

Il n’existe pas de parcours typique pour devenir glaciologue. Tu suivras un parcours en science de la Terre, en sciences géomatiques, en physique, en géographie ou en sciences de l’atmosphère. Pendant la maitrise, le doctorat puis le postdoctorat, tu te spécialiseras en glaciologie au cours de tes projets de recherches.

Au Cégep :
Un DEC en sciences comprenant des cours de mathématiques, de chimie, de physique, d’informatique.

À l’Université :
• Baccalauréat en science de la Terre offert à l’Université Laval.
• Baccalauréat en sciences de l’atmosphère, offert à l’Université McGill
• Baccalauréat en sciences de l’atmosphère et physique, offert à l’Université McGill.
• Baccalauréat en sciences de la Terre et de l’atmosphère offert à l’Université du Québec à Montréal
• Baccalauréat en sciences géomatiques à l’Université Laval
• Baccalauréat en géomatique appliquée à l’environnement à l’Université de Sherbrooke
• Baccalauréat en physique offert à l’Université Laval, UQTR, l’Université Bishop’s, l’Université de Sherbrooke, l’université Concordia, l’Université de Montréal et l’Université de McGill
• Baccalauréat en géographie offert à l’UQTR, l’Université Laval, à l’UQAM, à l’Université de Montréal, à l’UQAR

La plupart des postes de glaciologue se trouvent dans le domaine de la recherche. Il est donc nécessaire de réaliser une maitrise, un doctorat et un postdoctorat dans ce domaine.

• Maitrise en science de la terre à l’UQAM, à l’Université Laval, à l’UQAC
• Maitrise en sciences de l’atmosphère offerte à l’Université du Québec à Montréal
• Maitrise en sciences géomatiques à l’Université Laval
• Maitrise en physique à l’Université Laval, à l’Université de Montréal, à l’Université de Sherbrooke, l’UQAM
• Maitrise en géographie à l’Université Laval, à l’UQAM, à l’Université de Montréal, à l’UQAR, à l’Université de Sherbrooke
• Maitrise en sciences de l’environnement à l’UQTR


Et après ?
Le glaciologue peut travailler dans les services gouvernementaux fédéraux, provinciaux, territoriaux et municipaux, les collèges, les universités et les instituts de recherches et dans les sociétés de consultation en génie et en environnement.
settings.






Facebook


   Le magazine scientifique des 14-17 ans