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Beau temps pour les autruches!

Par Pascale Millot - 06/01/2012
-Plus les menaces liées aux changements climatiques et autres dérives financières mondiales se précisent, plus nombreux sont ceux qui critiquent, dénoncent, raillent, voire ridiculisent ce qu’ils considèrent comme des discours alarmistes. Les prophètes de malheur exagéreraient l’ampleur de la catastrophe annoncée. Des inondations, des ouragans, des tsunamis, des sécheresses? Vraiment? Des accidents nucléaires, des marées noires, des krach boursiers, la banquise qui fond? Ah bon!

C’est vrai, nombre de scientifiques, de journalistes, d’artistes, d’intellectuels, de politiciens et d’indignés de tout poil craignent que cela conduise notre planète à sa perte. Ils croient qu’il y a péril en la demeure et qu’il est grand temps de se réveiller. Alors, ils martèlent le même message, parfois avec une certaine emphase ou exagération, mais plus souvent avec rigueur, conviction et talent. Quelques exemples: aux États-Unis, l’ex-vice-président démocrate Al Gore et son film Une vérité qui dérange, ou encore le cinéaste Charles Ferguson et son documentaire Inside Job; en France, le journaliste Hervé Kempf et son bouquin culotté, Comment les riches détruisent la planète. Cet automne, au Québec, ce sont les documentaristes Mathieu Roy et Ronald Crooks qui ont mis notre petite planète médiatique en émoi avec leur film Survivre au progrès, adapté du best-seller de Ronald Wright, Une brève histoire du progrès.


Ces œuvres ont un point en commun: ce sont de bons films, de bons livres. Ils sont bien faits, bien écrits, bien filmés, mais surtout, ils sont pour la plupart rigoureusement documentés. Ils se basent sur des études et des analyses sérieuses. Leurs auteurs ont passé des années à fouiller leur sujet, à vérifier leurs sources, à interviewer des spécialistes, à voyager dans le monde. Al Gore a remporté le prix Nobel de la paix en 2007, et son film a été couronné de l’oscar du meilleur documentaire, en collaboration avec le GIEC. Charles Ferguson a gagné un oscar. Parions que Mathieu Roy et Ronald Crooks rafleront quelques honneurs. Bref, aucun de ces auteurs n’a travaillé à la sauvette. Ils ne se basent pas sur des opinions, mais sur des données scientifiques et des faits.

Difficile d’en dire autant de leurs pourfendeurs, anti-écolos en tout genre ne jurant que par le «dieu-du-toujours-plus». Ici, le film de Mathieu Roy et Ronald Crooks a reçu beaucoup d’éloges, mais il s’est fait aussi vertement critiquer, quand il n’a pas carrément déclenché l’ire de certains chroniqueurs bien en vue. On lui reprochait quoi au juste? Sa vision immobiliste du monde, son manque de foi en l’avenir, son pessimisme. Bref, on aurait aimé que ses réalisateurs mettent des lunettes roses.

Mais c’est le dernier bouquin de Pascal Bruckner qui, à cet égard, est le plus édifiant. Disons-le d’emblée, j’aime cet auteur et je l’ai beaucoup lu. Bruckner – essayiste, romancier, intellectuel de haut niveau – a écrit des livres brillants sur l’amour, le tiers-mondisme, le sexe, le bonheur, et j’en passe. Il manie la plume et l’argument avec brio. Dans son dernier essai, Le fanatisme de l’apocalypse, il use de tout son talent pour alimenter cette tendance à tirer sur le messager afin d’éviter de lire le message. Ce qu’il reproche aux écologistes et à ceux qui relaient leurs propos alarmants? De faire taire toute faculté d’émerveillement. «Nous avons cessé d’admirer, nous ne savons que dénoncer, décrier, geindre», écrit-il. Et surtout, de nous faire peur! «L’épouvante est le plus court chemin vers l’asservissement», poursuit-il. Cher monsieur Bruckner, il y a pire que l’épouvante comme outil de servitude, vous savez bien. Il y a l’ignorance ou, plus grave encore, le déni.

***

Dans ce numéro annuel qui porte sur les découvertes scientifiques faites au Québec, il y a des recherches utiles, concrètes, qui forcent l’émerveillement et l’admiration. Une vis de titane pour réparer les os cassés, un test sanguin pour diagnostiquer la maladie d’Alzheimer, une électrode optique pour voir précisément quel neurone fonctionne mal. Du beau gros progrès, joyeux et optimiste! Il y aussi d’autres études, beaucoup moins drôles, comme celle qu’a réalisée Maryse Bouchard, de l’Université de Montréal, prouvant que les pesticides rendent nos enfants moins intelligents, ou celle d’Alfonso Mucci, de l’Université McGill, qui note une acidification anormale dans le golfe du Saint-Laurent.

Qu’elles soient tristes ou joyeuses, appliquées ou fondamentales, ces découvertes ont toutes fait l’objet d’un processus de vérification très sérieux. Elles ont été validées par des équipes de scientifiques, se sont échelonnées sur plusieurs années et sont le fruit d’une collaboration entre de très nombreux chercheurs. Bref, aucune ne relève d’un quelconque fanatisme de l’apocalypse! Mais certaines démontrent (désolée, monsieur Bruckner!) que l’on a toutes les raisons de… s’inquiéter!






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