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Reportages

Bienvenue en anthropocène

Par Raymond Lemieux - 14/05/2016


La planète est ni plus ni moins en train de basculer dans un nouvel âge géologique. Ce serait la faute à Homo sapiens qui serait ainsi considéré comme une « force géologique ». Le début d’un temps nouveau ?

C’est l’Union internationale des sciences géologiques (UISG) et sa Commission internationale de stratigraphie qui devraient décréter, au mois d’août 2016, l’établissement de ce nouvel échelon dans le tableau du temps; une idée qu’avait déjà évoquée, en 1995, le prix Nobel de chimie Paul Crutzen.

Le géologue Michel Lamothe, directeur du département des sciences de la Terre et de l’atmosphère à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), suit de près ce débat. « Le calendrier des temps géologiques est une construction complexe », dit ce spécialiste du Quaternaire. « La détermination des époques se fonde notamment sur des “coupures” importantes, telles que disparition ou apparition d’espèces », explique-t-il. Par exemple, la fin de l’Archéen (il y a 2,5 milliards d’années) correspond à l’émergence des bactéries; l’Orosirien (il y a 2 milliards d’années) a vu apparaître les premiers eucaryotes, des organismes plus complexes dotés d’un noyau cellulaire et porteurs de mitochondries; l’Homérien (il y a 430 millions d’années) a connu l’avènement des premières plantes terrestres; et la fin du Crétacé (il y a 65 millions d’années) correspond à l’extinction des dinosaures.

Aujourd’hui, nous sommes en pleine ère de l’Holocène, et ce, depuis la fin de la dernière glaciation, survenue il y a 11 700 ans. « Nous assistons à un changement majeur, de nature anthropogénique, constate Michel Lamothe. La pollution des lacs, des rivières et des eaux souterraines, ainsi que la hausse du niveau marin, l’augmentation des températures, de même que la pollution de l’atmosphère par les gaz à effet de serre en sont des signes. Pas de doute là-dessus.»

Mais à quand situons-nous le début de cette époque ? Doit-on fixer le point de bascule en l’an 1800, aux origines de la révolution industrielle ou au début du Néolithique, il y a 11 000 ans, lors de la sédentarisation des humains ? Peut-être en 1945, à l’explosion de la première bombe atomique ? C’est à cette question que les géologues devront répondre d’autant plus que ce sont tous des événements lisibles dans les couches terrestres et qu’ils sont tous des signes propres à l’activité humaine. Déjà, un chercheur français, Maurice Fontaine, avait proposé au début du siècle dernier de définir un âge du Molysmocène (moly pour « déchets »), puisque nous générons maintenant plus de déchets que de restes humains.

« Quoi qu’il en soit, on insérerait une deuxième époque dans l’interglaciaire actuel, dit Michel Lamothe. Mais ce ne sera pas facile de défendre cette idée, surtout que le milieu des stratigraphes est très conservateur. À mon avis, on devrait considérer, pour l’instant, l’Anthropocène comme une sous-époque de l’Holocène et l’utiliser de façon informelle. En fait, la plus grande utilité de cette nouvelle appellation – et surtout du buzz que cette opération suscite – est de faire prendre conscience aux gens que la Terre est fragile et que c’est l’Homme qui est responsable des modifications qu’elle subit présentement. Cet apport est foncièrement positif. En tant que scientifiques inquiets de l’évolution des choses, ce débat nous aide. »

Note : Cet article a été rédigé au début de l’Anthropocène à la fin du Quaternaire dans l’ère Cénozoïque de l’éon du Phanérozoïque, en avril 2016 du calendrier chrétien !

 
Les âges de la Terre

La nuit des temps sur Terre, c’est l’Hadéen. Le mot vient de Hadès, le nom du dieu de l’enfer chez les Grecs.

Il désigne la première période géologique de la planète, soit celle de sa formation qui a commencé il y a 4,6 milliards d’années et qui s’est terminée il y a 4 milliards d’années.

Trois éons suivent ce grand moment. Les éons sont les très grandes périodes de la formation du monde, divisées en ères qui sont, à leur tour, subdivisées en époques, puis en périodes. L’éon de l’Archéen, témoin de l’apparition de la vie et de l’émergence des continents, s’étendait il y a 4 milliards jusqu’à 2,5 milliards d’années; le Protérozoïque, qui voit la complexification des organismes, durera ensuite jusqu’à 540 millions d’années avant nous. Puis l’éon du Phanérozoïque, qui a commencé avec le Cambrien, annonce l’extension de mers peu profondes. La température moyenne planétaire était alors de 5 °C plus élevée qu’aujourd’hui.

La vie complexe se développe à partir de l’éon Phanérozoïque qui comprend trois ères : le Paléozoïque, le Mésozoïque et le Cénozoïque. Jadis, elles étaient appelées ères primaire, secondaire et tertiaire. Ces grands pans de l’histoire s’échelonnent depuis il y a 540 millions d’années jusqu’à aujourd’hui et concernent les périodes du Cambrien, de l’Ordovicien, du Silurien, du Dévonien, du Carbonifère, du Permien, du Trias – qui a vu les premiers dinosaures –, du Jurassique – avec l’apparition des fleurs –, du Crétacé, du Paléogène, du Néogène et du Quaternaire. Les célèbres fossiles de Miguasha, en Gaspésie, datent du Dévonien (il y a 380 millions d’années).

L’Union internationale des sciences géologiques s’est permis de redéfinir le Quaternaire. Considéré d’abord comme une ère, il est maintenant catégorisé comme étant une période.






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