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Reportages

Cellules souches: Le mirage chinois

de l’espoir au bout du monde
Noémi Mercier - 08/04/2010
Partout dans le monde, les chercheurs apprivoisent prudemment les cellules souches dans leurs labos, avec l’espoir qu’elles guérissent un jour des maladies  incurables. Mais en Chine, il s’agit déjà d’une intervention de routine… et d’un commerce prospère, qui a attiré plusieurs Québécois.

Le calme s’est installé en ce milieu de journée dans l’aile réservée aux patients étrangers. Des infirmières bavardent autour du comptoir. La salle commune est déserte; les jouets, rangés sur les étagères. Tous les malades se sont retirés dans leurs quartiers – des chambres tout ce qu’il y a de plus banales, avec vue sur la spectaculaire enfilade de tours d’habitation et de grues, qui s’étend jusqu’au pied des montagnes. Mieux vaut profiter de leurs quelques heures de liberté. Car demain, aux huitième et neuvième étages de l’hôpital populaire de Chengyang, à Qingdao, en Chine, ils vont de nouveau livrer leur corps à une expérience scientifique très controversée.

Ils sont venus de partout sur la planète en quête de l’«or liquide», comme on a baptisé ici ce traitement expérimental. Des millions de cellules souches, baignant dans une solution jaunâtre, vont leur être injectées dans une veine ou entre deux vertèbres, dans le fluide qui baigne la moelle épinière. Ailleurs dans le monde, les chercheurs apprivoisent prudemment ces cellules mystérieuses dans leurs laboratoires, avec l’espoir qu’elles guérissent un jour des maladies incurables. Mais en Chine, il s’agit déjà d’une intervention de routine… et d’un commerce prospère.

Sur les portes des chambres, de petits drapeaux indiquent le pays d’origine des pensionnaires: ils sont canadiens, états-uniens, australiens, britanniques, suisses. Et ils ont tous reçu un pronostic sans appel auquel ils ont refusé de se soumettre.
Shanan Sale-Brakus, une Américaine de 40 ans presque aveugle, a fait le voyage depuis l’Idaho pour élargir la «paille» à travers laquelle elle voit le monde depuis sa naissance. Son nerf optique ne s’est jamais complètement développé, ce qui fait que son champ de vision est limité à une minuscule zone tout embrouillée, dans son œil gauche. «Nous sommes des rats de laboratoire, explique-t-elle posément, assise sur son lit avec sa mère et sa fille. Les médecins chinois sont en processus d’apprentissage.»

Quelques portes plus loin, les Brésiliens Renato Waite De Souza et Sandra Suely do Vale Corrêa veillent sur Joaquim, leur adorable garçon de 20 mois aux boucles cuivrées. Atteint de paralysie cérébrale, il est mou comme une poupée de chiffon dans les bras de sa mère. «Les docteurs nous ont dit qu’il ne marcherait pas, ne parlerait jamais. J’aimerais seulement qu’il puisse jouer, bouger par lui-même!» Dans le couloir pendent des bannières de feutre rouge ornées de mots de remerciement offertes au personnel par des patients satisfaits.

C’est sur ce même étage que le Montréalais Alain Gervais a passé un mois, en mars 2008, dans le but de freiner la terrifiante maladie qui lui crispe les membres et engourdit ses paroles. Il y a quatre ans, il fêtait son cinquantième anniversaire en dévalant les pistes du mont Tremblant. Aujourd’hui, terrassé par l’ataxie, il doit s’agripper au mur pour tenir debout. «Les médecins québécois ne peuvent rien pour moi, raconte-t-il en articulant laborieusement chaque mot. “Reste chez toi, ne fais rien, dépéris!” qu’ils me disent. En Chine, au moins, ils essayent quelque chose.»

Lire le dossier complet dans l'édition d'avril-mai 2010 de Québec Science

Encadré
Cellules souches 101
Elles ont deux caractéristiques prodigieuses: le pouvoir de se métamorphoser en plusieurs types de tissus, et celui de se renouveler indéfiniment.

Les plus polyvalentes sont celles que l’on extrait d’embryons âgés de quelques jours. Elles peuvent se différencier en n’importe quel type de cellule. Leur utilisation est toutefois controversée, puisqu’on peut difficilement les récolter sans sacrifier l’embryon. C’est d’ailleurs pourquoi l’administration de George W. Bush avait imposé des restrictions à leur usage en recherche, limites que le président Obama a levées à son arrivée au pouvoir.

Il existe un autre type de cellules souches, dites «adultes», qui sont beaucoup plus faciles d’accès. On les trouve dans le cordon ombilical et dans plusieurs parties du corps, dont la moelle osseuse, la graisse, la peau, les muscles, le cœur et même le cerveau. Elles peuvent former toutes les variétés de cellules de l’organe dont elles sont issues (celles de la moelle osseuse, par exemple, génèrent toutes les composantes du sang), et peut-être même davantage. Des chercheurs ont notamment réussi à transformer des cellules tirées de la peau ou de la moelle osseuse en neurones, en les faisant pousser dans un milieu de culture spécial. L’autre avantage des cellules souches adultes, c’est qu’on peut les puiser chez le malade lui-même, puis les lui greffer à nouveau pour réparer ses propres organes défectueux. Puisque les cellules embryonnaires proviennent nécessairement d’un donneur, il y a toujours un risque qu’elles soient rejetées par le système immunitaire du receveur.
Il y a encore mieux: au cours des trois dernières années, des équipes ont réussi à forcer des cellules adultes à régresser à un état embryonnaire, c’est-à-dire à retrouver leur capacité de former tous les tissus du corps humain. On les qualifie de «pluripotentes induites», ou IPS.

Les cellules souches ont montré beaucoup de promesses chez des animaux de laboratoire, mais aucune application thérapeutique n’a encore été approuvée chez l’humain. À une exception près: on pratique depuis plus de 30 ans des greffes de cellules souches de la moelle osseuse pour traiter des maladies du sang comme la leucémie.





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