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Croisières en hausse sur le Saint-Laurent

Par Marie Lambert-Chan - 21/07/2016
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L’industrie québécoise des croisières internationales a le vent dans les voiles. Entre 2008 et 2015, le nombre de croisiéristes a plus que doublé, passant de 127 000 à 270 000. « Le Québec a beaucoup à leur offrir, estime René Trépanier, directeur général de l’Association des croisières du Saint-Laurent (ACSL). Le fleuve et ses mammifères marins, le fjord du Saguenay, les Îles-de-la-Madeleine, le rocher Percé, l’île Bonaventure, le cap Diamant; c’est un spectacle naturel perpétuel. »

Dans un marché où la demande dépasse largement l’offre – 23 millions de personnes dans le monde ont fait une croisière l’an dernier, et leur nombre croît de 7 % chaque année – le Québec se positionne comme une destination aux attraits inédits. « Les gens qui font des croisières en font beaucoup, en moyenne huit ou neuf dans leur vie, indique M. Trépanier. Quand un touriste est allé trois fois dans les Caraïbes et qu’il a déjà sillonné la Méditerranée, il a envie d’autre chose. Et nous représentons la nouveauté ! »

Si le Québec est tant prisé par les croisiéristes, ce n’est pas seulement en raison de sa beauté naturelle. C’est surtout grâce à la Stratégie du développement durable et de promotion des croisières internationales de Tourisme Québec. Une vaste opération qui s’est déroulée de 2008 à 2013 et qui a concentré des investissements de 156 millions de dollars dans un réseau de neuf escales officielles : Montréal, Québec, Trois-Rivières, Saguenay, Gaspé, Baie-Comeau, Sept-Îles, Havre-Saint-Pierre et les Îles-de-la-Madeleine.

« Au début, plusieurs n’y croyaient pas et disaient que c’était de l’argent lancé par les fenêtres, se rappelle Paul Arseneault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat de l’UQAM et directeur du Réseau de veille en tourisme. Ça n’a pas été facile : il fallait convaincre les compagnies de croisière d’inclure le Saint-Laurent dans leur itinéraire, de se coordonner avec le gouvernement fédéral – qui contrôle les infrastructures portuaires –, d’avoir l’appui des municipalités destinées à accueillir les navires, de mettre en place une offre récréotouristique pertinente pour les croisiéristes une fois sur la terre ferme, etc. Mais aujourd’hui, on peut affirmer que c’est un bel et rare exemple d’une stratégie sectorielle touristique qui a porté des fruits. »

« Il fallait un brin de folie pour se lancer là-dedans. Surtout pour une ville comme la nôtre, dont l’économie est avant tout industrielle », reconnaît Renée Dumas, directrice générale de Croisières Baie-Comeau. Mais la municipalité y a cru, persuadée que le Saint-Laurent était le chemin le plus court pour attirer chez elle des touristes états-uniens et européens. Les premiers croisiéristes ont débarqué en 2006. Depuis, la ville a investi des millions pour la réfection de son centre-ville, la construction d’un carrefour maritime, l’aménagement de promenades et la création du Jardin des glaciers, un centre d’interprétation sur la dernière glaciation. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Absolument, répond-elle. Entre 2006 et 2015, les croisiéristes et les membres d’équipage ont dépensé plus de 3,7 millions de dollars dans la région. Et, bien sûr, les citoyens jouissent de toutes les nouvelles infrastructures.

Devant une telle réussite, plusieurs villes affichent également leur désir de se lancer dans l’aventure. Mais, dans ce dossier, aucune municipalité ne fait autant parler d’elle que Tadoussac. Le village reçoit des navires de croisière depuis au moins 20 ans, affirme Patrick Noël, agent de promotion et de marketing pour la municipalité. « Déjà, en 2008, nous souhaitions poser notre candidature comme escale officielle. Mais Tadoussac est située dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Nous devions donc étudier les conséquences sur l’environnement de l’arrivée de gros bateaux, explique-t-il. Cependant, une fois que nous avons eu l’étude en main, l’échéance était dépassée. »

Huit ans et maints rapports plus tard, même si elle ne réclame pas le titre d’escale, Tadoussac désire toujours se tailler une place dans l’industrie des croisières, en accueillant de petits navires d’au plus 600 passagers.

Les ambitions du village dérangent. Il est perçu comme une destination de trop par les trois municipalités escales de la Côte-Nord, qui se partagent seulement une trentaine de navires par année. « En raison de notre proximité géographique, explique Renée Dumas, les bateaux ne font jamais deux arrêts, encore moins trois. En ajoutant une escale, on dilue le produit touristique. »

Patrick Noël ne se rend pas à ces arguments. « Sur la côte est des États-Unis, les escales sont très rapprochées, ce qui n’empêche pas les navires de s’y attarder, dit-il. Et Tadoussac ne se considère pas comme un compétiteur des autres escales de la Côte-Nord, mais comme un complément. »

« On ne peut empêcher les voyageurs de visiter Tadoussac, convient René Trépanier. Après tout, c’est le libre marché. Néanmoins, il n’y a pas de place pour un autre joueur, car nous sommes une jeune industrie en croissance qui n’a pas encore atteint le seuil de la rentabilité. »

Le directeur général de l’ACSL semble d’ailleurs bien conscient que le succès du Québec auprès des croisiéristes n’est pas chose acquise. « Il faut continuer de “livrer la marchandise”, c’est-à-dire de toujours bien recevoir les visiteurs et de leur proposer un séjour digne de ce nom. Si les touristes ne vivent pas une bonne expérience, ne serait-ce que lors d’une seule escale, ça peut nous faire mal », croit-il.

Voilà pourquoi l’ACSL poursuit l’objectif d’offrir « le meilleur accueil au monde ». Rien de moins. Et n’en déplaise aux sceptiques, elle pourrait bien y arriver. Il n’y a qu’à jeter un œil du côté du port de Saguenay, lequel, à quatre reprises, a remporté le prix international du meilleur accueil portuaire décerné par le magazine britannique Insight Cruise. « Une quarantaine de comédiens bénévoles de La Fabuleuse histoire d’un royaume attendent au quai les croisiéristes et leur souhaitent la bienvenue en chantant, en dansant et en leur tendant des bouchées de tartelettes aux bleuets ou de tire d’érable, décrit René Trépanier. Croyez-moi, je n’ai jamais rien vu de tel, sauf en Polynésie française où des danseurs locaux saluent l’arrivée des passagers ! »





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