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À la ferraille, la station spatiale?

Par Mario Masson - 31/03/2015
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Elle fait jaser depuis longtemps, la Station spatiale internationale! Les États-Unis y voyaient déjà une bonne façon de garder occupés les scientifiques russes qui, depuis 1989, s’accommodaient comme ils le pouvaient de l’effondrement de l’URSS. Elle constituait aussi une sorte de main tendue aux pays que tentait l’aventure spatiale. Et depuis 1998, l’Union européenne, le Japon et le Canada n’ont pas pu résister à l’idée de s’envoyer en l’air dans la course à la recherche scientifique la plus novatrice du monde; en théorie du moins…

Le projet ne date pas d’hier. Il est d’abord lancé par Ronald Reagan en 1983. Mais tout de suite, des difficultés de construction ralentissent l’assemblage de ce gigantesque mécano céleste, au point que ce n’est que depuis quatre ou cinq ans que les expériences scientifiques ont pu réellement débuter, puis s’enchaîner.

La NASA affirme que les expériences réalisées sur la Station se comptent maintenant par centaines, avec des résultats probants, comme la mise au point d’un vaccin potentiel contre la salmonelle, ou encore la fabrication de microcapsules capables d’aller porter des médicaments au cœur même des cellules cancéreuses.

Pratiquement, il y a eu quelques retombées bénéfiques pour l’humanité. Dans le domaine de l’observation de la Terre, en télémédecine et en cristallographie. Ou en robotique avec, entre autres, la conception et la construction du bras canadien puis de Dextre, le petit frère de l’autre, plus agile, qui l’aide quand les tâches sont trop délicates.

Mais ces découvertes, pour intéressantes qu’elles soient, auraient-elles pu se faire sur Terre, et pour beaucoup moins cher? Plusieurs critiques le croient. Ces derniers prétendent que maintenant, dans la Station, la recherche ne fait que tourner en rond.

Chose certaine, les astronautes mettent plus de temps à réparer la Station qu’à faire de la science. Le docteur Bob Thirsk, le seul Canadien avec Chris Hadfield à avoir séjourné six mois sur la Station, se rappelle fort bien avoir passé beaucoup d’heures à jouer au mécanicien de l’espace. Quand ce n’était pas l’épurateur de CO2 qu’il lui fallait réparer, c’était la toilette.

Le grand fait d’armes de la Station, c’est d’être là-haut depuis déjà 16 ans. Il s’agit d’un exploit. C’est la plus longue présence humaine en continu dans l’espace. Le record précédent était détenu par la station russe MIR: 9 ans et 357 jours. En outre, la Station spatiale internationale a été visitée par des astronautes de 15 nations différentes et par une variété de navettes sur une base régulière.

Cependant, au moment même où les budgets pour la recherche se tarissent partout dans le monde, faut-il maintenir à grands frais cette installation fragile et vieillissante? La facture globale est d’au moins 100 milliards de dol­lars, rien que pour les États-Unis! Et c’est sans compter les 50 milliards investis par leurs partenaires.
L’inspecteur général de la NASA, celui qui analyse le travail que l’agence accom­plit et les budgets qu’elle recevra, propose de prolonger la vie utile de la Station jusqu’en 2024. C’est le temps qu’il faudra pour mener à terme la recherche sur les difficultés reliées aux vols spatiaux de longue durée. La longévité de la Station passerait ainsi de 15 à 26 ans, soit 11 années de plus, mais au coût de 4 milliards de dollars par année.

Si le projet va de l’avant, la Station deviendra alors ce qu’elle aurait dû être dès le début: un tremplin pour préparer les premiers voyages au long cours dans l’espace. Cela nécessitera une collaboration internationale étendue – avec la participation des nouvelles puissances spatiales comme la Chine, l’Inde et la Corée du Sud – et des fonds qui feraient rougir d’envie tout pharaon. On parle ici d’une aventure qui s’étalera sur au moins 30 ans et d’une facture qui dépasserait les 500 mil­liards de dollars.

Auparavant, il faut régler quelques contentieux qui opposent la Russie et les États-Unis. Ce qui se passe en Ukraine changera-t-il la donne? Quand la NASA a mis les navettes spatiales au rancart, en 2011, elle misait sur les Soyouz russes pour assurer le va-et-vient entre la Terre et la Station. Cette entente prendra fin en 2020.
Si les partenaires, en particulier la Russie, se désistent, Washington décidera-t-il de faire cavalier seul? Les États-Unis veulent continuer à mener la charge dans le domaine de l’exploration spatiale, en utilisant la Station comme plateforme de recherche, mais cette solution forcera les administrateurs de la NASA à laisser tomber d’autres projets, comme Asteroid Redirect Mission (ARM) qui vise à développer un vaisseau spatial habité afin d’aller capturer un astéroïde ou un morceau d’astéroïde de 10 m de diamètre pour le mettre en orbite autour de la Lune.

Garder la Station opérationnelle donnera peut-être à l’industrie aéronautique états-unienne le temps de finir la mise au point des navettes du futur, ce qui rendrait superflue l’utilisation des Soyouz russes. Actuellement, les entreprises aéronautiques SpaceX et Orbital Sciences Corporation doivent approvisionner la Station jusqu’en 2017. Par la suite, elles devraient être en mesure de transporter des astronautes. Sierra Nevada Corporation lorgne aussi ce contrat. Boeing vient de réintégrer les rangs, de même que Lockheed Martin, ce qui permettrait la réapparition de navettes lourdes, très intéressantes pour l’entretien de la Station. Les anciennes navettes pouvaient transporter des pièces de rechange beaucoup plus volumineuses que ne le pourront les navettes projetées.

D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle la NASA a, dans ses cartons, les projets d’une fusée monstre, appelée SLS, pour Space Launch System, capable d’atteindre la Station en transportant à la fois du matériel et des astronautes, grâce à sa capsule Orion. Au total, 70 tonnes. Avec une possibilité maximale de 130 tonnes, si la version grand format est acceptée. Aux fins de comparaison, la fusée Saturn V, qui avait rendu possible les vols habités vers la Lune, pouvait lever 120 tonnes. La NASA prévoit faire les premiers essais du SLS en 2017 ou 2018.

Cependant, si les plans de la NASA ne sont pas financés adéquatement, il lui faudra envisager de faire s’abîmer la Station dans le Pacifique en 2020.
Selon William H. Gerstenmaier, le grand patron des vols habités en espace profond de la NASA, il ne faut pas en arriver là: «Il faut profiter de cette petite tête de pont qu’est la Station spatiale internationale pour continuer à nous installer dans l’espace!» dit-il.

La NASA se propose de mettre le pied sur Mars en 2030. C’est un programme ambitieux, d’autant plus que, avant d’y parvenir, il y a encore beaucoup de choses à apprendre sur la physiologie et la psychologie humaines, sur la technologie de survie à long terme en espace profond, ainsi que sur la manière d’atterrir sur Mars et d’en repartir.

Comme pendue au bout d’un fil cosmique, la Station fait une orbite complète autour de la Terre toutes les 92 minutes. Certaines nuits, on peut la voir qui trace son sillon de lumière au-dessus de nos têtes.

C’est de là que Chris Hadfield a fait son dernier tour de piste, en clôturant sa mission historique avec un hommage à David Bowie et sa chanson Space Oddity. Il s’agirait, selon la NASA, du premier vidéoclip réalisé dans l’espace. Ce pourrait aussi être l’éloge funèbre d’un projet à nul autre pareil dans l’histoire de l’humanité.
 
La vie dans la Station

Comme se plaît à dire l’astronaute canadien Chris Hadfield, les quincailliers sont rares dans l’espace. Pour assurer la pérennité d’une mission, les astronautes doivent donc apprendre divers métiers et savoir jouer les hommes à tout faire dans le contexte bien particulier de la Station. Par exemple, à cause de l’apesanteur, la poussière – en particules fines – ne se dépose pas; elle demeure en suspension. Il faut donc passer l’aspirateur assidument, sinon les filtres risquent de se bloquer…
Mais l’apesanteur, à long terme, cause des problèmes spécifiques plus sérieux: l’atrophie des muscles, la détérioration du squelette, l’ostéoporose, la redistribution des fluides dans le corps, un ralentissement du système cardiovasculaire et l’affaiblissement du système immunitaire. La micro­gravité ne fait vraiment pas l’affaire du corps humain. Quant à créer une gravité artificielle, comme dans les films de science-fiction, ce n’est pas demain la veille. Pour mémoire, envoyer en orbite ce dont les astronautes ont besoin au jour le jour coûte en moyenne 20 000 $ le kilogramme.
Afin d’éviter, ou du moins réduire l’impact de l’apesanteur, l’exercice physique est efficace, car il aide à maintenir la masse musculaire et la capacité vasculaire, mais il faut le pratiquer au moins deux heures par jour. Aussi la Station est-elle équipée de tapis roulants et d’une bicyclette stationnaire. Les astronautes se retiennent à ces appareils par des cordons élastiques qui servent aussi à augmenter la résistance lors des exercices. Quant à la perte de la densité osseuse, il n’y a pour l’instant rien à faire. Mais il reste important que les astronautes conservent une bonne condition générale s’ils veulent être en mesure d’être physiquement capables de travailler sur Mars, bien que la gravité n’y soit que le tiers de celle de la Terre.
Difficile de dormir dans la Station: trop de bruit! C’est à cause de toute la machinerie qui en assure les fonctions vitales, en particulier les ventilateurs. Ils fonctionnent en permanence pour traiter l’air ambiant qui deviendrait vite irrespirable dans ce petit monde à l’atmosphère stagnante.

 





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