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comment Terre-Neuve va court-circuiter le Québec

Par Gilles Provost - 25/10/2011


Pour la première fois de son histoire, Terre-Neuve pourra se chauffer et s’éclairer grâce à ses propres ressources hydroélectriques situées au Labrador, se passant ainsi d’Hydro-Québec. C’est le projet du Lower Churchill, qui comprend notamment deux puissantes lignes de courant sous-marines contour­nant le Québec. Terre-Neuve pourra ainsi exporter l’énergie qu’elle produira en trop jusqu’en Nouvelle-Écosse et aux États-Unis.
Ce grand projet, qui va la mener vers l’indépendance énergétique, n’aurait pas été possible avec la technologie du courant alternatif traditionnellement utilisée.

Il y a plus d’un siècle, partout dans le monde, tous les réseaux électriques ont troqué le courant continu contre le courant alternatif. À l’époque, c’était la seule manière de construire des lignes à haute tension capables de transporter l’électricité sur de longues distances, sans trop de déperdition d’énergie. Il était alors très difficile de modifier la tension (voltage) du courant continu, tandis que c’était un jeu d’enfant avec le courant alternatif. Depuis, ces obstacles techniques ont été levés, ce qui permet un retour en force du courant continu.

Comme c’est le cas à Terre-Neuve, on construit désormais, un peu partout dans le monde, des lignes électriques de très haute puissance en courant continu, laissant de côté les lignes à 735 000 volts qui ont fait la renommée d’Hydro-Québec. La Chine, qui exploite massivement cette technologie, établit chaque année de nouveaux records de puissance et de distance. «Les lignes à courant continu sont maintenant la norme pour tous les projets de transport massif d’électricité sur de longues distances, affirme l’ingénieur François Bouffard, spécialiste de l’optimisation des réseaux électriques à l’Université McGill, à Montréal. Et comme tous les pays du monde doivent aller chercher leur énergie dans des régions de plus en plus éloignées, les lignes à courant continu deviennent chaque jour plus nombreuses, plus longues et plus puissantes.»

C’est que le courant alternatif se heurte à un sérieux problème: plus la ligne devient longue, plus sa tension augmente. Il serait alors très difficile de contrôler la tension d’une ligne qui s’étirerait sur 1 100 km entre le Labrador et St. John’s, la capitale de Terre-Neuve. Pour contrôler les surtensions, Hydro-Québec a ainsi dû assembler un vaste réseau de lignes interconnectées entre les complexes La Grande, Manicouagan et Churchill Falls, d’une part, et les centres de consommation, d’autre part. Toutes ces lignes sont aussi ponctuées de nombreux postes de transfor­mation dotés de compensateurs. N’empêche, il a suffi qu’une tempête solaire vienne aggraver les surtensions naturelles du réseau, en mars 1989, pour que tout le Québec soit plongé dans le noir pendant neuf heures!
«Ce problème est encore plus présent dans un câble sous terre ou sous l’eau, dit François Bouffard. Le courant alternatif nous limite à une distance d’à peu près 100 km. Si Terre-Neuve veut contourner le Québec en acheminant son électricité directement en Nouvelle-Écosse (une distance de 180 km sous le golfe du Saint-Laurent), elle n’a qu’une seule option: c’est le courant continu.»

Vous pouvez lire la suite du reportage dans le numéro de novembre 2011 de Québec Science.





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